Le marché londonien du pétrole paraît sans illusion sur une remontée prochaine des prix du baril, actuellement au plus bas depuis quatre ans, en l’absence de signes tangibles d’un changement de stratégie de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), selon des analystes. La forte baisse des cours du Brent (qualité de référence de la mer du Nord) sur l’International Petroleum Exchange (IPE) ces dernières semaines, précipitant le baril sous la barre des 15 dollars, remet en cause la politique d’offre de l’OPEP, qui a relevé ses quotas de production de 10% en novembre à 27,5 millions de barils par jour. Le Comité ministériel de surveillance de l’OPEP a bien avancé sa réunion du 16 mars au 26 janvier, à Vienne, pour discuter de la situation du marché pétrolier face à la chute des cours du brut, notent les observateurs. Mais cette réunion sera restreinte aux trois pays membres du comité — le Nigeria, le Koweit et l’Iran — sans représentant de l’Arabie Séoudite, instigatrice de la hausse des quotas et productrice d’un tiers du pétrole du cartel. «L’OPEP est volontairement muette et il sera difficile de la forcer à réagir dans les semaines à venir», affirme Leo Drollas, expert du Centre for Global Energy Studies (CGES), institut de recherche basé à Londres. Le cartel ne peut pas revenir sur sa décision sans entamer sa crédibilité auprès des marchés, jugent les analystes. «Ce serait admettre qu’ils ont commis une erreur stratégique, qu’ils avaient sous-estimé l’impact de la crise asiatique sur le niveau de la demande mondiale», estime Peter Gignoux, analyste sur le marché pétrolier pour la maison de courtage Salomon Smith Barney. D’autre part, en restant sourde aux appels des marchés, l’organisation pourrait servir un objectif précis: faire rentrer le Venezuela dans le rang. Poursuivant une stratégie d’entreprise, la compagnie pétrolière vénézuélienne Pétroles, détenue à 50% par l’Etat, a développé depuis 1992 une politique de production et de concurrence à outrance, lui permettant de s’emparer de parts de marché d’autres pays membres du cartel. «Le Venezuela dépasse toujours ses quotas, marche sur les plates-bandes de l’Arabie Séoudite et a récemment annoncé qu’il allait de nouveau augmenter sa production. Or, avec la baisse actuelle des prix, il est en train de perdre une énorme partie de ses revenus, ce qui est un phénomène assez nouveau pour lui», indique Leo Drollas. «Les Séoudiens, qui perdent également beaucoup d’argent, sont prêts à se saigner si cela entraîne une hémorragie encore plus importante pour les Vénézuéliens et les incite à limiter leur production», affirme l’expert. En tout état de cause, les spécialises du marché du pétrole soulignent que l’attitude de l’OPEP par le passé ne peut qu’inciter à la patience. «En 1985, l’OPEP avait attendu que le prix du baril de Brent, tombé à 13 dollars, plonge sous la barre des huit dollars pour réagir, ce qui avait pris plusieurs mois», rappelle Peter Gignoux. (AFP)
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