La question de l’appartenance des œuvres d’art confisquées par les nazis pendant la Deuxième Guerre mondiale resurgit à la faveur de la saisie de tableaux de Schiele à New York, des revendications d’un musée allemand et de la publication d’un rapport sur les biens juifs spoliés en France. Une première salve avait été tirée en 1995, avec la publication d’un ouvrage du journaliste indépendant Hector Feliciano, «Le Musée disparu», qui s’interrogeait sur le fait que les ayants-droit – notamment des familles juives – d’œuvres pillées par les nazis n’étaient toujours pas rentrés en leur possession, 50 ans après les faits. Sur les 61.257 œuvres ou objets récupérés auprès des Allemands, 45.411 avaient été rendus à leurs propriétaires ou ayants-droit. Il en restait donc plus de 15.000, dont la plupart furent vendus, et 2.000 autres, d’un intérêt artistique plus marqué, confiés aux musées nationaux. La Direction des musées de France, mise en cause pour sa «négligence» à n’avoir pas traité plus tôt la question des quelque 2.000 «MNR» (Musées Nationaux Récupération), dont elle est le dépositaire précaire, avait été pressée d’organiser un colloque et plusieurs expositions de ces œuvres, fin 1996 et début 1997. Ces expositions à Paris avaient calmé les esprits sur la question de l’appartenance des œuvres, préxumément volées à des familles juives et dont il s’avéra que bon nombre avaient été acquises sur le peu glorieux marché de l’art pendant l’Occupation. Néanmoins la question des pillages nazis refait surface avec la conjonction de trois événements distincts: le blocage à New York de deux tableaux d’Egon Schiele prêtés par l’Etat autrichien et dont les autorités américaines entendent se pencher sur l’origine. Ensuite, la demande de restitution du musée allemand von der Heydt, de Wuppertal, sd’œuvres du Louvre et des musées économique et social français Jean Mattéoli, rendu public lundi, réclame plus de célérité de la part des musées français dans la recherche des propriétaires. La justice américaine a ouvert une enquête pour déterminer les légitimes propriétaires de deux tableaux du peintre autrichien Schiele, bloquant temporairement à New York les toiles prêtées au Museum of Moderne Art (MoMA) par la Fondation Leopold de Vienne. Il s’agit de la «Ville morte», dont l’Américaine Rita Reif assure qu’il a été volé par les nazis à un de ses ancêtres, Fritz Grunbaum, juif autrichien mort en déportation, à Dachau, en 1940. Le second tableau, «Portrait de Wally», est réclamé par la famille de Lea Bondi Jaray, marchand d’art juif, qui avait été contrainte d’abandonner sa collection à Vienne lorsqu’elle s’était enfuie pour Londres en 1938. Par ailleurs, la Direction des musées de France a déclaré que les «œuvres dites MNR réclamées par Mme Sabine Fehlemann, directrice du musée allemand von der Heydt de Wuppertal, avaient été achetées en 1941, donc pendant l’Occupation, sur le marché de l’art français». Mme Fehlemann affirmait qu’elles avaient été acquises auparavant. Une déclaration de 1943 des Alliés, entrée dans le droit français, annule toutes les transactions effectuées sur le territoire français occupé, ce qui a permis à la France de récupérer les œuvres raflées par les nazis. Enfin, le rapport «Mattéoli» sur la spoliation des juifs de France presse l’administration des musées d’accentuer son effort de recherche sur les appartenances des œuvres «de façon signifiative», d’«anticiper les revendication» des propriétaires et d’«accélérer le traitement des demandes». (AFP)
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