Les Américains croient avoir trouvé la solution aux problèmes ethniques et raciaux. A Nashville, dans le Tennessee, on «enseigne» l’immigration aux enfants, à l’école. Les enfants, dit-on, doivent savoir d’où ils viennent et d’où vient notre pays. Le slogan: «Tous différents, tous Américains». Dans la vie, Jennifer, 7 ans, s’appelle Isaza: mais pendant six semaines, cette fillette de Nashville (Tennessee) est devenues Jennifer Yamashita, immigrante japonaise du siècle dernier, à la faveur d’une nouvelle matière désormais obligatoire pour tous les écoliers de son âge: l’étude de l’immigration. Si Jennifer, dont la famille vient de Colombie, savait ce que recouvre le concept d’immigration, nombre de ses petits camarades de l’école Hickman, dans un quartier verdoyant de Nashville, n’en avaient qu’une très vague idée. Les 140 élèves du cours élémentaire ont donc tout découvert du sujet: ce qu’est un immigrant, les raisons qui le poussent à quitter son pays, la langue qu’il parle, ses coutumes, le fait que les Etats-Unis ont été construits par des immigrants. Et dans la salle de documentation de l’école, un commentaire sous des dessins multicolores résume leurs découvertes: «Tous différents, tous Américains». Pour rendre les choses plus concrètes pour des enfants si jeunes, les enseignants avaient choisi de les regrouper par deux ou trois en «familles» de différents pays: Jennifer «Yamashita» a ainsi découvert le Japon, Amethyst et Jasmon «Karenga» le Congo, Hannah et Regan «Goldberg» l’Allemagne. Ils ont cherché leur pays d’adoption sur des cartes, découvert grâce à l’Internet que des centaines de milliers de personnes immigraient encore chaque année aux Etats-Unis, et qu’eux-même étaient pour la plupart originaires d’Europe. Une première L’enseignement de l’immigration à des enfants si jeunes est une première à Nashville et a été rendu obligatoire alors que la capitale de la Country music connaît un boom démographique sans précédent, les immigrants y étant attirés par un taux de chômage très bas. En deux ans, le nombre d’enfants dans des classes spéciales pour non anglophones a presque doublé, passant de 1.389 à 2.573. Et 63 langues ont été recensées dans les écoles, indique Craig Owensby, porte-parole pour les écoles publiques de la ville. Pour lui, «il est vital» d’éviter les problèmes ethniques et raciaux, et l’enseignement de l’immigration peut y contribuer. «Les enfants doivent savoir d’où ils viennent et d’où vient notre pays», ajoute-t-il. Le principal de l’école Hickman, Paul Ketteman, est encore plus enthousiaste, pour qui l’étude de l’immigration est aux sciences sociales ce qu’est la grammaire à l’anglais. «Les enfants qui s’intéressent ne sont jamais trop jeunes pour apprendre», ajoute-t-il quand on souligne l’âge des écoliers. Auparavant, l’immigration apparaissait dans le cursus scolaire plus tard et de manière plus superficielle. «C’est l’une des activités pour lesquelles les élèves ont montré le plus d’enthousiasme», reconnaît une enseignante, Elizabeth Farmer, en soulignant le soutien des parents mêlés à l’expérience par des devoirs familiaux où ils devaient aider leurs enfants à retrouver certaines dates de la construction des Etats-Unis. Cet enseignement, reconnaît M. Kettemann, «peut contribuer à diviser, si l’on valorise une culture sur une autre. Mais la façon dont nous l’avons abordé souligne l’apport de tous». Car déjà à 7 ans, reconnaît la documentaliste Diane Chen, les enfants ont des clichés, souvent véhiculés par les dessins animés. «C’est important de leur apprendre la tolérance à l’école, de les aider à voir que les gens sont différents et que ce n’est pas un problème. Cela évitera un peu du racisme et des clichés», ajoute-t-elle.75
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