Le premier ministre socialiste Lionel Jospin a tenté de désamorcer jeudi la polémique provoquée par sa mise en cause de la droite sur l’esclavage et l’affaire Dreyfus, la veille à l’Assemblée nationale, en annonçant qu’il était prêt à exprimer ses «regrets» à l’opposition. «J’imagine que l’opposition, la semaine prochaine aux questions d’actualité (au Parlement), me fera ses reproches et je lui dirai sûrement mes regrets», a-t-il répondu à des journalistes qui l’interrogeaient à ce sujet. «En ce qui me concerne, c’est la première fois et j’ai bien l’intention que cela soit la dernière», a-t-il ajouté. «Je crois que c’est vraiment un incident parlementaire comme il en existe beaucoup en démocratie. Il ne faut pas le dramatiser», a poursuivi M. Jospin. En réponse à la question d’un député sur la prochaine commémoration du 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage par la France, M. Jospin avait affirmé mercredi que «si la gauche était pour l’abolition de l’esclavage, on ne peut pas en dire autant de la droite». A propos de l’affaire Dreyfus, le capitaine juif français injustement condamné il y a un siècle pour espionnage au profit de l’Allemagne, «on sait que la gauche était dreyfusarde, on sait que la droite était antidreyfusarde», avait-il ajouté. Ces affirmations avaient provoqué l’indignation des députés de droite, qui avaient alors bruyamment quitté l’hémicycle, certains d’entre eux réclamant même la démission du chef du gouvernement en place depuis sept mois. Revenu dans l’hémicycle après une suspension de séance, M. Jospin avait ensuite récusé l’idée de présenter des excuses. Il avait toutefois assuré que son «rappel historique» visait la «droite de l’époque», pas «celle d’aujourd’hui«. «Jospin la gaffe», a titré en Une jeudi le quotidien de gauche «Libération» qui a ironisé sur ces «approximations historiques du premier ministre», tandis que «Le Figaro» (conservateur) titrait sur «l’outrage de Jospin à l’opposition». L’opposition a accusé le chef du gouvernement de mettre à mal les valeurs communes aux républicains, qui viennent de célébrer le centenaire du célèbre appel «J’accuse» de l’écrivain Emile Zola en faveur du capitaine Dreyfus. Le président de la Chambre des députés, l’ancien premier ministre socialiste Laurent Fabius, avait lui-même noté «qu’à l’époque, l’attitude des députés», toutes tendances politiques confondues, «n’avait pas été brillante». «A la Chambre des députés, ici, le débat qui suivit fut décevant et même plutôt consternant. Seul ce jour-là, (le socialiste Jean) Jaurès apporta une voix différente», en faveur du manifeste de Zola, avait déclaré M. Fabius, alors applaudi par l’ensemble des députés présents. (AFP)
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