Par-delà la bousculade des fêtes et le choix innombrable des cadeaux pour faire plaisir aux amis, aux parents et parfois à soi-même, il y a aussi l’échappée vers le monde littéraire. Monde merveilleux et émerveillant où fourmillent les nouvelles publications et où les ténors de la littérature sont en lice pour le combat des «prix», triomphe des forts en thème et de l’esprit d’une époque. Une fois les feuilles du calendrier de l’année écoulée tournées, voilà que surgissent ces livres qui nous font tant rêver et que nous aimons — pour reprendre l’expression de George Sand — «comme de véritables confidents». Livres-compagnons ou livres-découvertes, les allées des librairies nous offrent une promenade riche où lire en toute liberté de choix, selon notre désir, sans les contraintes professionnelles ou le choix des autres devient un authentique bol d’oxygène qui regénère nos cellules... l «La fête chantée» de J.M.G. Le Clézio. Du tumulte et des préoccupations de la vie parisienne on passe à un monde plus étrange, plus éloigné, presque plus exotique, celui de J.M.G. Le Clézio. Non de son désert où même le sable avait des beautés insoupçonnées mais la plume de l’auteur de «Terra Amata» nous conduit cette fois à travers «La fête chantée» (Le promeneur - 240 pages) vers des rives enchantées où l’on célèbre, comme un rêve rousseauiste, la richesse du retour à la nature. Pour ces textes où miroitent les idées oubliées et lointaines d’une civilisation «autre» J.M.G. Le Clézio a trouvé des formules éblouissantes pour mettre le lecteur de son côté. Suivons le tracé de cette plume à l’inspiration généreuse: «Il y a une vingtaine d’années entre 1970 et 1974, j’ai eu la chance de partager la vie d’un peuple amérindien, les Emberas et leurs cousins germains, les Waunanas dans la province du Darien au Panama, expérience qui a changé toute une vie, mes idées sur le monde et sur l’art, ma façon d’être avec les autres, de marcher, de manger, de dormir, d’aimer et jusqu’à mes rêves. J’ai appris la vanité des objets de notre monde de la consommation, vaines parce que la chaleur, l’humidité, les insectes les rendent inutilisables. Alors je vivais dans des maisons belles comme des palais, maisons vastes, arrondies, construites à l’orée des fleuves sur des pilotis selon le plan simple et génial du parapluie: un tronc d’arbre central, pas de murs extérieurs et un immense toit de feuilles qui abrite de la pluie, du brouillard du matin et du soleil violent du midi. Les sols étaient particulièrement beaux, faits d’une variété de bambou noir, brillant et élastique, frais dans le jour, doux la nuit. Je découvris le luxe de n’avoir pas de meuble, rien que le tapis d’écorce de caoutchouc, le moustiquaire et le Purukaw «la fille de la tête» l’oreiller de bois sculpté qu’on range dans le toit chaque matin. Je découvris le plaisir de se baigner au crépuscule, quand le soleil s’est déjà couché et que le fleuve vous enveloppe, chaud dans la fraîcheur de la nuit...». Voilà un texte somptueux dans sa simplicité et qui se passe de prix pour nous réconcilier avec la grâce d’un état de nature...
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