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Actualités - Chronologie

Peregrine fait faillite, victime de son imprudence et d'une Diva

Comme la banque d’affaires britannique Barings en 1995, Peregrine Investments Holdings Ltd., l’enfant prodige de la finance asiatique, est tombée lundi, victime de son imprudence et de son incapacité à contrôler une «diva» des marchés. Incapable de trouver un sauveur pendant le week-end, la plus importante banque d’investissement indépendante en Asie, a annoncé la mise en route d’une procédure de mise en liquidation. Un trait d’humour noir dans les bars de Lan Kwai Fong, le havre des «yuppies» hongkongais, veut que André Lee ait changé son nom: «il s’appelle désormais André Leeson». Comme Nick Leeson, le «trader fou» de Singapour qui ruina Barings, André Lee, un jeune franco-coréen de 32 ans, serait à l’origine des transactions hasardeuses sur les marchés obligataires qui ont provoqué la chute de la maison Peregrine, créée en 1988 par Philip Tose et Francis Leung. «Dans ce métier de banque, il y a des règles de bon sens. Quant une banque fait faillite, c’est toujours parce qu’elle ne les a pas observées», commente le responsable d’une grande institution européenne. Principe élémentaire: «Vous n’engagez pas un quart de vos fonds propres dans un crédit-relais à une seule société», ajoute-t-il. Pour gagner un mandat, l’équipe obligataire de Peregrine avait accordé un crédit relais de 260 M USD à une compagnie de taxis indonésienne, curieusement appelée «Steady Safe» (stable et sûre). Une émission d’obligations, dirigée par Peregrine, devait permettre le remboursement, mais elle a été repoussée sine die la semaine dernière, après l’aggravation brutale de la crise en Indonésie. C’est la mise à jour de cette situation et d’autres engagements similaires qui a fait capoter vendredi dernier l’opération de recapitalisation de Peregine par les financiers suisses du Zurich Group. «Il y des trous partout», indique un responsable d’une agence de notation, qui souligne que le seul problème sur Steady Safe ne pouvait pas suffir à couler Peregrine. Pariant sur le développement rapide d’un marché de la dette des entreprises en Asie, Philip Tose, à l’origine un pur spécialiste des actions, avait décidé en 1994 la création d’un département spécialisé en débauchant André Lee et une vingtaine d’autres experts de la banque américaine Lehman Brothers. «Arrogants et agressifs», comme les décrit un concurrent, les hommes de Peregrine vont connaître un succès spectaculaire en développant un marché de la dette pour les entreprises de croissance de la région, sur le modèle des «junk bonds» aux Etats-Unis (obligations émises par des sociétés dont la notation est qualifiée de «spéculative» par les agences de rating). En 1996, l’équipe obligataire comptait quelque 200 personnes à travers l’Asie et était devenue un important contributeur aux bénéfices de Peregrine. «Dans une entreprise comme la nôtre, avec ses procédures et sa bureaucratie, vous pouvez contrôler ces gens-là, mais dans une firme jeune et inexpérimentée comme Peregrine, c’est vite impossible», explique le banquier européen. «Peregrine est tombée comme Drexel», explique un financier européen, en faisant le rapprochement avec la banque d’affaires américaine Drexel Burnham Lambert, où Michael Milken avait créé et monopolisé le marché des «junk bonds» dans les années 80. Montée sur les sommets, Drexel fera une faillite retentissante provoquée par les démêlés de Milken avec la justice américaine. «A force de vouloir être le premier et de mépriser les autres, le processus d’élimination se retourne contre vous», dit-il en mettant en cause l’arrogance de Philip Tose. «En ne partageant pas les affaires avec ses concurrents, au premier pépin, ça casse», poursuit-il. «Vous ne pouvez pas passer votre temps à expliquer aux autres qu’ils sont des idiots et attendre qu’ils vous aident dans la tempête», remarque ce financier. Lâchés par le Zurich Group vendredi dernier, Philip Tose et ses associés ont tiré les sonnettes pendant tout le week-end pour dénicher un sauveur de dernière minute. En vain. Mais les concurrents de Peregrine s’apprêtent déjà à se partager les dépouilles en recrutant les meilleurs éléments de la firme ou en rachetant les parties saines, indique un autre banquier. (AFP)
Comme la banque d’affaires britannique Barings en 1995, Peregrine Investments Holdings Ltd., l’enfant prodige de la finance asiatique, est tombée lundi, victime de son imprudence et de son incapacité à contrôler une «diva» des marchés. Incapable de trouver un sauveur pendant le week-end, la plus importante banque d’investissement indépendante en Asie, a annoncé la mise en route d’une procédure de mise en liquidation. Un trait d’humour noir dans les bars de Lan Kwai Fong, le havre des «yuppies» hongkongais, veut que André Lee ait changé son nom: «il s’appelle désormais André Leeson». Comme Nick Leeson, le «trader fou» de Singapour qui ruina Barings, André Lee, un jeune franco-coréen de 32 ans, serait à l’origine des transactions hasardeuses sur les marchés obligataires qui ont provoqué la chute de la...