Au moins 40 personnes ont été tuées en moins de 24 heures dans un périmètre très réduit de la préfecture de Gitarama (centre-ouest du Rwanda), montrant la violence quotidienne d’une guerre civile aussi mouvante que meurtrière. Selon les autorités, ces personnes ont été victimes d’attaques des rebelles hutus rwandais. Mardi à l’aube, 26 personnes ont été tuées dans la commune de Nyakabanda, au terme d’attaques simultanées dans «des endroits reculés, dépourvus de moyens de communication», retardant ainsi l’intervention de l’armée, selon le colonel Balthazar Ndengeyinka, commandant de la région militaire de Kibuye-Gitarama (ouest). Les victimes ont été tuées au fusil et à l’arme blanche et sont principalement, selon cette même source, des «gens intègres qui ne supportaient pas les tueries et refusaient d’aider les rebelles», ainsi que des responsables administratifs locaux. La veille, 14 personnes avaient été tuées et deux blessées au cours d’agressions similaires, dans la commune voisine de Nyabikenke. Deux membres de l’administration locale et deux enfants rescapés du génocide de 1994 faisaient partie des victimes. Ces attaques témoignent de l’insécurité permanente qui règne dans le nord de la préfecture de Gitarama, limitrophe des préfectures de Gisenyi (nord-ouest) et Ruhengeri (nord), d’où les miliciens «Interahamwe» et soldats des ex-Forces armées rwandaises (FAR) ont lancé la majorité de leurs opérations depuis la reprise de la guerre civile, mi-1997. Selon le colonel Ndengeyinka, l’insécurité est actuellement circonscrite dans les trois communes de Nyakabanda, Nyabikenke et Bulinga. «Les infiltrés pénètrent dans la zone à partir des préfectures de Rubengeri et Gisenyi. Ils tuent et repartent directement», a-t-il affirmé. Mais la tension complique sensiblement l’accès à cette région et de nombreuses sources estiment qu’une majorité des incidents restent inconnus de la presse et des observateurs des droits de l’homme. Plusieurs sources concordantes ont récemment fait état d’attaques organisées contre des positions militaires dans la zone, au cours desquelles l’Armée patriotique rwandaise (APR) aurait subi quelques revers. L’armée n’a pas confirmé ces informations. Les deux opérations de lundi soir et mardi matin présentent en tout cas des signes très clairs d’organisation. «La rébellion adopte une tactique plus précise qu’auparavant. Un groupe bien équipé attire l’APR vers un point précis, pendant qu’un autre groupe attaque le véritable objectif, dont les soldats ont été écartés», analyse un expert occidental. L’insécurité s’est durablement installée au nord de Gitarama depuis l’attaque, début décembre, du cachot communal de Bulinga, à quelques kilomètres de la capitale préfectorale. La totalité des prisonniers du cachot avaient été libérés et d’intenses combats avaient éclaté. Depuis, un grand nombre de prisonniers ont regagné le cachot, affirment les autorités. Mais les combats n’ont pas cessé. «Les rebelles se déplacent lentement vers la route qui relie Kigali à Gitarama», ajoute l’expert. «L’effet psychologique est important. Les rebelles ne sont plus très loin, dans le nord, mais à quelques kilomètres de Kigali». La localisation des incidents, de plus en plus éloignés de la frontière avec la République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre), ne permet plus d’évoquer des «infiltrations», ajoute-t-il, mais une authentique guérilla dont l’issue demeure le soutien ou non des populations civiles aux rebelles. (AFP)
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