Toute la journée, Ahmet regarde la mer qu’il voit scintiller au-delà des grillages du centre d’accueil de San Foca, une station balnéaire italienne à une trentaine de kilomètres au sud de Lecce (Sud). Ahmet, parqué dans ce camp géré par des volontaires de l’organisation d’entraide catholique la Caritas, est un des 231 Kurdes débarqués en Italie la nuit du Nouvel an à bord du bateau turc La Cometa. Le petit bout de mer qu’il aperçoit est pour le moment sa seule vision de l’Italie. Les Kurdes, parmi lesquels se trouvent 46 femmes et 73 enfants, sont strictement surveillés par des policiers italiens et ont l’interdiction de sortir du camp, un ancien centre de vacances, baptisé Casa Regina Pacis. Le centre, un bâtiment sans charme et vieillot fermé aux journalistes, a déjà servi en mars à accueillir des réfugiés albanais. Avec d’autres hommes qui attendent comme lui que leur sort se dénoue, Ahmet ne se lasse pas de raconter son histoire. Chauffeur de taxi de nationalité irakienne, il a fui le nord de l’Irak pour Istanbul car, dit-il, «au Kurdistan, Saddam (Hussein) voulait nous tuer». Ahmet a payé 2.500 dollars à la «mafia turque» pour partir vers l’Europe. Le voyage s’est d’abord effectué en autocar puis il y a eu l’embarquement dans un port turc avec d’autres Kurdes mais aussi des Sri Lankais, des Bengladais et des Pakistanais. Au total, 386 personnes ont embarqué fin décembre sur La Cometa. Le voyage de l’espérance a été un cauchemar. Pour manger, les plus chanceux ont dû se contenter pendant dix jours de lait rance et de biscottes. Lors d’une escale, non prévue, à Saranda (Albanie), les malheureux passagers ont été rançonnés par des hommes armés sous le regard complice des membres d’équipage de La Cometa. Une jeune femme qui a tenté de résister aux bandits albanais, Shaila, 21 ans, a été rouée de coups. Hôte également du centre de San Foca, Shaila une brune aux cheveux courts originaire d’Iran, qui refuse fièrement de porter le voile, rêve désormais de rejoindre son frère établi en Suède.«La vie n’est plus possible pour nous, raconte-t-elle, en Turquie, en Irak, en Iran, les Kurdes sont un peuple de seconde zone». Shaila n’a pas encore déposé une demande d’asile politique en Italie, Ahmet au contraire a rempli son formulaire et compte pouvoir rester dans son nouveau pays d’accueil. La plupart des réfugiés espèrent pourtant quitter l’Italie et aller en Allemagne où beaucoup ont de la famille. Les seuls à ne pas sembler se préoccuper de leur prochaine destination sont les enfants. Strictement consignés dans l’enceinte du camp comme les adultes, les petits Kurdes, tous vêtus d’habits neufs et propres fournis par des familles italiennes, s’amusent dans la cour avec les nombreux jouets reçus pour la Béfana, la traditionnelle fête des enfants célébrée en Italie le jour de l’Epiphanie. Mardi après-midi, quelques dizaines d’enfants italiens venus d’un village voisin sont venus jouer du tambourin et chanter des chants de Noël aux enfants du camp. Amassés le long du grillage qui sépare le centre d’accueil du reste du monde, les petits Kurdes, dont une cinquantaine ont moins de douze ans, frappaient joyeusement dans leurs mains au rythme des chants des enfants italiens. A ce moment là, rien ne semblait les séparer qu’un terrible grillage. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Toute la journée, Ahmet regarde la mer qu’il voit scintiller au-delà des grillages du centre d’accueil de San Foca, une station balnéaire italienne à une trentaine de kilomètres au sud de Lecce (Sud). Ahmet, parqué dans ce camp géré par des volontaires de l’organisation d’entraide catholique la Caritas, est un des 231 Kurdes débarqués en Italie la nuit du Nouvel an à bord du bateau turc La Cometa. Le petit bout de mer qu’il aperçoit est pour le moment sa seule vision de l’Italie. Les Kurdes, parmi lesquels se trouvent 46 femmes et 73 enfants, sont strictement surveillés par des policiers italiens et ont l’interdiction de sortir du camp, un ancien centre de vacances, baptisé Casa Regina Pacis. Le centre, un bâtiment sans charme et vieillot fermé aux journalistes, a déjà servi en mars à accueillir des...