Des groupes de chômeurs ont intensifié lundi leur mouvement d’occupation des centres d’action sociale et antennes Assedic, qui commence à diviser la majorité «plurielle» et les syndicats. Lundi à la mi-journée, une quinzaine de centres sociaux étaient occupés dans toute la France, signe de tension croissante à trois jours de la réunion, à Paris, du conseil d’administration de l’Unedic, organisme qui gère les fonds d’aide aux chômeurs. Quatre nouvelles occupations ont été recensées: à Asnières-Gennevilliers, près de Paris où, selon un porte-parole des chômeurs, une centaine de personnes ont investi l’antenne Assedic, à l’appel d’AC!, de l’Apeis, du MNCP et de la CGT. A Limoux, dans l’Aude, une trentaine de personnes ont répondu à l’appel du collectif d’action et de justice sociale et occupent depuis 09h15 (08h15 GMT) le centre des Assedic, a-t-on appris auprès de la préfecture. A Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales, l’agence-Nord des Assedic est occupée depuis 10h00 (09h00 GMT) par une vingtaine de personnes, a déclaré la préfecture. Une autre occupation a débuté à Lille, dans le Nord, où une trentaine de militants de la CGT et d’AC! ont investi le rez-de-chaussée des bureaux Assedic, où les allocataires continuent de déposer leurs dossiers. A Arras, dans le Pas-de-Calais, l’occupation des Assedic est entrée dans sa quatrième semaine. Les chômeurs devaient manifester dans l’après-midi, à l’appel d’AC! et de la CGT. Les associations de chômeurs avaient fait part dimanche de leur déception après l’annonce, samedi, de plusieurs mesures en leur faveur par Martine Aubry. Le ministre de l’Emploi et de la Solidarité les avait appelés à cesser leur mouvement. Notat dénonce une «manipulation» «Sur la question de l’allocation exceptionnelle de 3.000 FF réclamée par les chômeurs, la ministre répond par une fin de non-recevoir et nous renvoie aux partenaires sociaux gestionnaires de l’Unedic et à l’arbitraire du cas par cas exercé par les préfectures. Ce refus de prendre en compte l’urgence relève d’un mépris qui touche au cynisme», a déclaré Agir ensemble contre le chômage (AC!) dans un communiqué. Pour cette association, le déblocage de 500 millions de FF par le gouvernement pour permettre à l’Unedic de financer l’Allocation de formation-reclassement «n’est qu’un tonitruant effet d’annonce. Martine Aubry semble avoir écourté ses vacances pour nous annoncer une mesure vieille de deux mois». Reçue dans la matinée à Matignon par Lionel Jospin, officiellement pour préparer la réunion gouvernementale de jeudi prochain, qui sera consacrée au calendrier parlementaire, Martine Aubry a exclu d’autres mesures d’urgence. «Si maintenant il y a des problèmes spécifiques à des individus qui sont dans une situation de détresse, l’Etat fera tout ce qui est en son pouvoir pour les régler. Et puis c’est tout. Pour le reste ça dépend des partenaires sociaux, c’est l’indemnisation du chômage, c’est les fonds sociaux; ils se rencontrent mercredi, ce n’est pas à moi de m’exprimer là dessus», a-t-elle dit. Le conflit des chômeurs, le premier de cette ampleur en France, a d’ores et déjà provoqué des tiraillements au sein de la majorité «plurielle» et réveillé la guerre syndicale. Dans une interview à Libération, Nicole Notat, secrétaire générale de la CFDT, a déclaré que les chômeurs étaient manipulés. La présidente de l’Unedic a estimé qu’il s’agissait de «quelques dizaines d’individus, dans quelques antennes Assedic» et qu’il fallait ramener ces opérations à leur «juste proportion». «J’ai le sentiment qu’il y a de la manipulation de la détresse derrière tout cela (...) Il s’agit d’opérations coup de poing, à visée médiatique», a-t-elle expliqué. Voynet aux côtés des chômeurs «Il y a une organisation syndicale qui dit représenter les chômeurs et qui, en même temps, soutient une association qui est une association de chômeurs dirigée par le Parti communiste. Il y a tentative de récupération», a renchéri Marc Blondel, secrétaire général de Force ouvrière. Il a confirmé sur Europe 1 qu’il faisait allusion à la CGT et à l’association proche du PCF, l’Apeis. Alain Bocquet, président du groupe communiste à l’Assemblée nationale, a estimé pour sa part que Nicole Notat faisait «fausse route». Interrogé sur Radio-France Fréquence-Nord, le député du Nord a affirmé que la secrétaire générale de la CFDT «ferait mieux d’entendre le cri des chômeurs de les rencontrer». Robert Hue, secrétaire national du Parti communiste, a adopté une position médiane. Il s’est «réjoui des premières mesures» annoncées par le gouvernement et a aussi estimé, dans une interview au Parisien, que «naturellement, il convient d’aller plus loin». Dominique Voynet, ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, a apporté dimanche soir un franc soutien au mouvement des chômeurs et a estimé que «les mesures annoncées par Martine Aubry ne changent rien au fond des questions». «Nous, au gouvernement, nous avons besoin de mouvements sociaux forts, de contre-pouvoirs forts pour bien faire notre travail et ne pas oublier les engagements que nous avons pris devant les Français. C’est sans doute ce qui a manqué en 1981 et encore davantage en 1988 et qui explique certains des échecs ou des oublis des deux septennats de François Mitterrand», a-t-elle dit sur France 3. Lundi, Martine Aubry a voulu dédramatiser ces différences en soulignant qu’elle n’était pas «gênée» par les déclarations de Dominique Voynet et qu’elle était «complètement d’accord avec ce qu’a dit Hue». (Reuters)
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