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Actualités - Chronologie

L'interdiction de l'excision restera lettre morte en Haute-Egypte

L’interdiction de l’excision par le Conseil d’Etat restera vraisemblablement lettre morte en Haute-Egypte, où la plupart des habitants s’affirment déterminés à continuer à observer cette coutume pour protéger leurs filles de toute «conduite déviante». Dans cette région conservatrice, la plus pauvre d’Egypte, dont les islamistes ont fait leur fief, bien peu se soucient des trois ans de prison qui répriment désormais les contrevenants à l’interdiction d’exciser. Cette mesure a été prise le 28 décembre par le Conseil d’Etat égyptien, qui déboutait ainsi des islamistes désireux d’invalider une précédente décision similaire du ministère de la Santé. Pour Khaled al-Charif, 45 ans, un notable de la tribu d’Abnob établie dans les provinces d’Assiout, Sohag et Qéna, l’interdiction pourra être appliquée dans les villes et dans le nord du pays, mais pas en Haute-Egypte. «L’excision est nécessaire pour la femme car elle protège sa chasteté et sa virginité, pense-t-il, mais pourquoi la justice intervient-elle dans nos affaires? L’excision n’a pas d’effets négatifs comme on le prétend et aujourd’hui, avec l’évolution de la médecine, l’opération se fait sans danger». Pour Osmane Antar, maire du village de Sabee, proche d’Assiout (400 km au sud du Caire), l’interdiction relève de «l’absurdité». «Comment laisser nos filles sans être excisées?», demande-t-il. «Laissez le gouvernement faire ce qu’il veut, nous aussi, nous faisons ce qu’il nous plaît. Nous ferons tous exciser nos filles, quelles que soient les sanctions», lance-t-il. Il estime qu’en pénalisant l’excision, «le gouvernement pousse les gens à faire exciser leurs filles dans la clandestinité, à recourir au barbier du village ou à l’accoucheuse au lieu du médecin», ce qui risque d’accroître les dangers et la douleur pour les petites filles. Une habitante de Sohag (500 km au sud du Caire), Nadia Ibrahim, redoute que l’interdiction de l’excision entraîne la «multiplication des relations illégitimes d’autant qu’aujourd’hui, les filles se marient tard, à 25 ans au moins». Même des intellectuelles s’élèvent contre la décision du Conseil d’Etat: «C’est une décision arbitraire dont l’application paraît impossible car elle contrevient aux traditions de la population», estime Azza Abdel Aziz, professeur de communication à l’université de Sohag. «L’excision est une tradition enracinée et il est difficile de la changer du jour au lendemain», estime une femme médecin, Omayma Omranen. L’excision — l’ablation du clitoris — est pratiquée aussi bien chez les musulmans, dont les fondamentalistes jugent qu’elle est dictée par le Coran, que chez les chrétiens. Selon une récente étude gouvernementale, 97% des Egyptiennes, musulmanes et chrétiennes, sont excisées. En outre, les trois quarts des opérations sont pratiquées à la maison. La circoncision d’un garçon est l’occasion de cérémonies durant plusieurs jours en Haute-Egypte mais pour l’excision d’une fille, qui se fait habituellement vers l’âge de cinq ou six ans, les parents se contentent de lui colorer les mains au henné et de lui faire porter une robe blanche. La présidente pour Assiout de l’Association de la femme arabe, une organisation non-gouvernementale hostile à l’excision, estime qu’«avant de chercher à appliquer la loi, il faut sensibiliser la population de Haute-Egypte aux motifs de l’interdiction». (AFP)
L’interdiction de l’excision par le Conseil d’Etat restera vraisemblablement lettre morte en Haute-Egypte, où la plupart des habitants s’affirment déterminés à continuer à observer cette coutume pour protéger leurs filles de toute «conduite déviante». Dans cette région conservatrice, la plus pauvre d’Egypte, dont les islamistes ont fait leur fief, bien peu se soucient des trois ans de prison qui répriment désormais les contrevenants à l’interdiction d’exciser. Cette mesure a été prise le 28 décembre par le Conseil d’Etat égyptien, qui déboutait ainsi des islamistes désireux d’invalider une précédente décision similaire du ministère de la Santé. Pour Khaled al-Charif, 45 ans, un notable de la tribu d’Abnob établie dans les provinces d’Assiout, Sohag et Qéna, l’interdiction pourra être...