La Hongrie envisage de légaliser la prostitution et les maisons closes mais les associations sociales doutent que cette mesure améliorera le sort des prostituées. Le gouvernement de coalition social-libéral compte soumettre au Parlement un projet de loi autorisant les maisons closes dans certains quartiers, et souhaite son adoption avant les prochaines élections prévues au printemps, selon le procureur général Kalman Gyorgyi. Des associations sociales se sont élevées contre ce projet de loi, estimant qu’une réglementation par l’Etat ne ferait que promouvoir la prostitution. La Hongrie compte au moins 10.000 prostituées, dont 7.500 pour la seule capitale Budapest, a estimé un expert de la police Akos Borai, lors d’une conférence à Budapest sur le sujet. Le projet de loi, à l’étude depuis plus de deux ans, vise à autoriser les prostituées à s’inscrire comme travailleurs indépendants. Comme ces derniers, elles seraient aussi tenues de payer impôts et cotisations sociales en fonction de leurs revenus. Chaque prostituée hongroise gagnant environ 2.000 dollars par mois, selon la police, ces revenus imposables atteindraient donc un montant total d’environ 240 millions de dollars, une part non négligeable du produit intérieur brut du pays. Même les enfants «Interdire la prostitution serait insensé», estime M. Borai, pour qui une telle interdiction est inapplicable. Si elles souhaitent une protection sociale pour les prostituées, les associations estiment que «la réglementation ne peut que rendre encore plus difficile la vie des prostituées, sans résoudre le problème», selon Lenke Feher, de la fondation «Kiut Veled», qui prend en charge des prostituées. Ces associations misent plutôt sur des programmes de prévention, visant notamment à empêcher les parents déshérités de régions reculées du pays, de «confier» leurs filles à des réseaux de proxénétisme, pour des montants d’une centaine de dollars. Citant une étude de l’UNICEF selon lequel il existe 500 enfants prostituées en Hongrie, le médiateur pour les droits de l’homme Peter Polt souhaite pour sa part la mise en place d’une action contre ce fléau. Depuis une modification de la loi en 1992, la prostitution n’est pas répréhensible en Hongrie. Sous les régimes communistes, elle était considérée comme inexistante, les prostituées étant arrêtées pour trouble de l’ordre public. «La nécessité de protéger les citoyens honnêtes de tout ce qui entoure la prostitution va totalement à l’encontre de la nécessité de défendre les prostituées elles-mêmes contre la criminalité organisée qui les exploite», a résumé pour sa part le procureur général Kalman Gyorgyi. «Les citoyens honnêtes ont plus de chances de défendre leurs intérêts que les prostituées», a-t-il ajouté. (AFP)
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