Selon un communiqué du Conseil d’Etat, «il est désormais interdit pour tous de pratiquer des opérations d’excision même si la fille ou ses parents acceptent de le faire, à moins qu’il y ait une nécessité médicale pour cette opération».
Les contrevenants risquent jusqu’à trois ans de prison. Pour le Conseil d’Etat, «l’excision des filles n’est pas un droit individuel prévu par la Charia (loi coranique) car il n’y a rien dans le Coran l’autorisant et rien de catégorique dans la Sunna» regroupant les dires et la tradition du Prophète.
«L’excision est donc passible des dispositions du code pénal interdisant de toucher au corps humain sauf nécessité médicale» et le ministre de la Santé n’a fait qu’appliquer la loi en l’interdisant, selon le communiqué.
Le Conseil d’Etat annulait ainsi un verdict prononcé le 24 juin par une cour administrative du Caire, qui avait accédé à la demande d’islamistes et autorisé l’excision. La cour avait reproché au ministre de la Santé Ismaïl Sallam d’avoir fait preuve d’«abus de pouvoir» en interdisant la pratique par décret en juillet 1996.
Le jugement de juin avait suscité la réprobation internationale et des critiques notamment des Etats-Unis, de la France et de l’UNICEF. Le ministre, se disant «convaincu à 100% de la nécessité de mettre un terme à cette coutume nocive pour la santé», avait alors maintenu l’interdiction dans les hôpitaux publics et privés et fait appel devant le Conseil d’Etat.
Au ministère de la Santé, le premier sous-secrétaire d’Etat Taha al-Khatbi s’est réjoui du verdict et a assuré que «le ministère compte maintenant lancer la première grande campagne sur les dangers de l’excision».
L’interdiction risque en effet d’être difficile à appliquer. Selon une étude gouvernementale récente, 97% des Egyptiennes — musulmanes comme chrétiennes — sont excisées et les trois quarts des opérations sont pratiquées à la maison.
Siham Abdessalam, militante du centre d’information sur l’excision et les violences contre les femmes, a estimé dimanche que le jugement constituait «une victoire pour le courant éclairé contre le courant conservateur».
«Le procès a servi à alerter l’opinion publique et maintenant les Egyptiennes réfléchiront avant d’exciser leurs filles», a-t-elle déclaré.
A l’inverse, les islamistes estiment que ce procès les aidera à propager leurs idées. «Nous voulions surtout alerter les gens: le Prophète n’a pas interdit l’excision donc les musulmans ne doivent pas l’interdire», a observé l’un de leurs avocats, Me Ahmed al-Khouli.
Selon Mme Abdessalam, 20% des femmes excisent actuellement leurs filles pour des raisons religieuses contre moins de 5% il y a vingt ans.
Le principal auteur de la plainte contre le ministre, l’islamiste cheikh Youssef Badri, a refusé de s’avouer battu. «Ce n’est pas la fin du monde pour moi», a-t-il dit aux journalistes. «Je n’ai pas encore décidé comment agir, mais je lutte toujours par les moyens juridiques».
Les plus hautes autorités religieuses d’Egypte sont divisées sur l’excision. Le mufti de la République, Nasr Farid Wassel, la juge licite même si l’islam n’en fait pas une obligation. Pour le cheikh d’al-Azhar Mohammed Sayed Tantaoui, qui a déclaré publiquement qu’il n’avait pas fait exciser sa fille, l’islam ne préconise pas l’excision et il revient aux médecins de décider si l’opération est nécessaire. (AFP)

