«Si Joseph et Marie arrivaient ce soir en ville, ils trouveraient sans aucun mal une place à l’hôtellerie», ironise avec amertume un passant en jetant un coup d’œil dans le hall presque désert de l’hôtel Bethléem, ouvert dans l’euphorie de l’accession de la cité à l’autonomie en 1995.
Le gouvernement israélien avait placé Bethléem sous administration de l’Autorité palestinienne quatre jours seulement avant Noël 1995.
Les 35.000 arabes de Bethléem, un tiers de chrétiens et deux tiers de musulmans, sont passés de l’espoir à la déprime à mesure que le processus de paix s’enlisait depuis l’arrivée au pouvoir de Benjamin Netanyahu.
Le tourisme en a subi le contrecoup. Le maire de Bethléem, Hanna Nasser, catholique pratiquant, estime que le chômage frappe plus de la moitié de la population active de la ville natale de Jésus.
Selon lui, la construction par Israël d’un barrage fortifié entre Bethléem et Jérusalem et les bouclages imposés par l’Etat juif aux territoires à la suite des attentats-suicides étranglent littéralement l’économie de la ville.
«Chaque fois que je franchis le barrage, ça me rappelle la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis», a-t-il dit à Reuters lors d’une interview recueillie dans son bureau surplombant la place de la Nativité.
Privée de réveillon
Il dit s’attendre à la présence de quelque 6.000 pèlerins — mais en grande partie des Palestiniens, plutôt que des touristes étrangers — à l’occasion de la messe de minuit.
En tout état de cause, le tourisme religieux profite principalement aux Israéliens et peu aux Palestiniens de Bethléem. Ces derniers se plaignent de voir les pèlerins loger en territoire israélien et être transportés sur place en autocar par les tour opérateurs israéliens.
La visite des lieux s’effectue souvent au pas de charge et les touristes sont ensuite rapidement dirigés vers les autocars, au grand dam des vendeurs de souvenirs de la Place de la Nativité, déçus de ne pouvoir faire admirer leurs statuettes en bois d’olivier.
«Le problème, c’est que malgré l’autonomie, Israël bénéficie encore beaucoup plus du tourisme que Bethléem», note Georges, l’un des boutiquiers.
Noël est également durement ressenti par les Palestiniens de Bethléem qui, pour cause de bouclage des territoires, ne peuvent rendre visite à leur famille en territoire israélien.
«Mes parents habitent Jérusalem, ils organisent un réveillon de Noël et je ne pourrai pas en être, pour la seule raison que je suis palestinienne. Israël gâche entièrement ma joie de Noël, dit Aïda, une enseignante de 37 ans. (Reuters)


À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir