Le président des Etats-Unis a mis à profit sa conférence de presse de fin d’année, pour répondre à la cascade de critiques qui se sont abattues sur lui depuis quelques semaines, affirmant qu’il entendait consacrer ses trois dernières années à la Maison-Blanche à relever «les défis à long terme» de l’Amérique.
A en croire de nombreux commentateurs, dont d’anciens conseillers de M. Clinton, celui-ci, un an après sa réélection pour un second mandat, serait déjà fini et plus intéressé par le golf et les vacances que par les promesses de changement qui lui avaient permis d’être élu en 1992.
C’est l’architecte de sa campagne victorieuse de 1996, Dick Morris, qui a eu la dent la plus dure. «Certains pensaient que Clinton irait à gauche après sa réélection, d’autres disaient qu’il irait à droite», écrivait récemment M. Morris dans le magazine «The Hill». «Mais personne n’avait dit qu’il irait se coucher».
Le fait est que depuis la conclusion en août avec le Congrès d’un accord sur un retour à l’équilibre budgétaire, M. Clinton donne l’impression de faire du surplace et de gérer les affaires courantes.
Continuant ce qui lui avait si bien réussi durant sa campagne, il se contente d’annoncer avec fanfare des initiatives minuscules, qu’il s’agisse de tests nationaux de lecture et de maths pour les élèves du primaire ou du renforcement des contrôles sanitaires sur les fruits et légumes importés.
Le leader de l’opposition de gauche au sein de son propre Parti démocrate, Dick Gephardt, a parlé avec dérision de «petites idées qui grignotent les contours de nos gros problèmes».
Trois problèmes de fond
«Regardez les preuves, regardez les performances, regardez nos plans pour l’avenir», a rétorqué M. Clinton à ses détracteurs lors de sa conférence de presse, énumérant une série de réalisations, dont la décision de l’OTAN d’ouvrir ses portes aux pays d’Europe centrale.
«Tout ce que je peux vous dire c’est que 98 sera une année encore plus vigoureuse», a-t-il dit.
Compte tenu de la situation économique exceptionnelle des Etats-Unis, il a indiqué que le moment était venu de s’attaquer à trois problèmes de fond: la lutte contre l’effet de serre à l’origine du réchauffement du climat, l’amélioration du système d’éducation, et enfin la réforme de l’assurance maladie des personnes âgées et du système fédéral de retraite, menacés de faillite à moyen terme.
Mais tout le monde n’est pas convaincu. «Ce sont des mots», assure Stephen Wayne, professeur de sciences politiques à l’université de Georgetown à Washington.
Non pas que M. Clinton n’ait plus d’ambition mais il doit s’adapter à «la réalité politique et à l’humeur du pays, qui est plus conservateur et pas particulièrement remuant», déclare M. Wayne.
Trois facteurs se conjuguent pour dissuader le président de toute initiative grandiose: la composition du Congrès, contrôlé depuis 1994 par l’opposition républicaine et qui, selon les experts, devrait le rester après les élections de novembre 1998, les contraintes budgétaires et le cynisme du public à propos du gouvernement fédéral.
Ni le Congrès ni une population en majorité satisfaite du statu quo et de la prospérité actuelle ne souhaitent, en effet, de vastes réformes.
«Alors qu’est-ce qu’il va faire? Divaguer sur un programme qu’il voudrait mais qui n’a aucune chance de succès?», demande M. Wayne. «Si les temps sont prospères, pourquoi ne pas faire relâche et en quelque sorte laisser faire?».
Certains estiment d’ailleurs que la popularité de M. Clinton, dont la cote se maintient depuis un an autour des 60% d’opinions favorables, est justement due, outre la santé florissante de l’économie, au fait qu’il ne propose rien. (AFP)


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