L’Egypte organise ce décembre-ci les premières corridas au monde où les toreros ne pourront pas toucher aux... taureaux afin de ne pas indisposer les dignitaires musulmans hostiles à tout mauvais traitement contre les animaux.
Pour ce retour des corridas aux pays des Pharaons après quarante-trois ans d’absence, les toréadors espagnols revêtiront leurs habits de lumière, coifferont leur montera, feront des passes avec leur muleta rouge mais n’auront ni épée, ni banderilles.
«Nous avons averti nos partenaires espagnols qu’il ne faudra pas blesser les bêtes pour ne pas porter atteinte au sentiment religieux du pays», a déclaré M. Khaled Chafei, responsable de la société égyptienne «Bismillah Import-export» (Au nom de Dieu), qui organise les corridas.
Cette société a dépensé 1,9 million de dollars pour organiser 14 corridas avec 6 toreros, 18 péons et 50 taureaux espagnols dans une arène entièrement construite au club d’al-Chams, dans la banlieue nord du Caire.
«Je voulais montrer à mon peuple, qui n’a pas la possibilité de voyager, l’immense patrimoine culturel espagnol imprégné de culture arabe et musulmane», a expliqué M. Chafei.
«Après la musique espagnole interprétée par l’orchestre de l’Opéra du Caire, il y aura à chaque fois une heure de corrida puis une vingtaine de danseurs ibériques se produiront dans l’arène», a souligné M. Chafei, en précisant que les prix des places varient entre 25 et 200 livres (7,5 USD à 59 USD).
Mais le «Festival de taureaux et flamenco» s’est heurté à l’opposition du mufti d’Egypte, cheikh Nasr Farid Wassell, et de l’imam d’el-Azhar, cheikh Mohammad Sayed Tantaoui. «Bismillah» a dû obtempérer.
Dans une «fatwa» (décret religieux), cheikh Wassel stipule que «les corridas sont illicites car l’islam appelle à la clémence envers les animaux et à leur protection».
«Halal» et «haram»
Après avoir déclaré dans un premier temps qu’il ne voyait «aucun inconvénient» à la tenue de tels spectacles, l’imam d’el-Azhar, la plus haute autorité sunnite, s’y est aussi opposé. «Je n’ai jamais dit que c’était «halal» (permis religieusement). Je ne connais rien aux combats de taureaux», a reconnu cheikh Tantaoui lors d’une réunion publique.
«Ce que je peux dire, c’est que torturer un animal avant de l’égorger est haram» (illicite), a-t-il ajouté.
La Société égyptienne de prévention contre la cruauté envers les animaux est également entrée dans l’arène. Son président Ahmad Salem a demandé l’interdiction des corridas au tribunal de grande instance du Caire qui doit statuer dans les jours à venir.
«Je ne veux pas du tout de corridas en Egypte car si aujourd’hui ils (les toréadors) ne blessent pas les bêtes, la prochaine fois ils ne se gêneront pas pour les mettre à mort comme en Espagne», a-t-il dit.
M. Salem s’est également adressé au président Hosni Moubarak et au ministre de l’Agriculture pour qu’ils interdisent l’entrée des taureaux sur le territoire égyptien.
La société «Bismillah» s’est vue refuser l’accès à la publicité audiovisuelle et dans les journaux égyptiens. Elle n’a jusqu’à présent vendu que 35% des 9.800 places que compte l’arène.
Les seuls Egyptiens qui pourraient éventuellement se régaler du spectacle sont les malades des hôpitaux publics et de l’université d’el-Azhar: l’organisateur a en effet décidé de suivre l’avis de cheikh Tantaoui, qui préconise que la viande des taureaux leur soit distribuée, «à condition que l’animal soit égorgé rituellement».
Les dernières corridas en Egypte remontent au 4 septembre 1954 au Caire et au 11 septembre à Alexandrie. (AFP)


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