Le musulman Alija Izetbegovic, président de la présidence collégiale, le Serbe Momcilo Krajisnik et le Croate Kresimir Zubak «se sont entendus à Bonn sur un passeport commun, la loi sur la citoyenneté et le fonctionnement du Conseil des ministres de Bosnie-Herzégovine» , a annoncé Carlos Westendorp au cours d’un point de presse.
Ils ont tous les trois «signé un engagement en ce sens qui doit encore être approuvé par le Parlement commun», a-t-il précisé.
«Ils ont compris que la Communauté internationale soutenait le renforcement de mon rôle et que le haut représentant pourrait leur imposer des solutions pouvant être pires, alors ils ont préféré s’entendre», a-t-il ironisé.
L’idée d’un renforcement du rôle du haut représentant civil avait été lancée par le chef de la diplomatie allemande, Klaus Kinkel, dès l’ouverture de la conférence sur le suivi de l’accord de paix de Dayton organisée à Bonn.
Elle a obtenu le soutien de la majorité des participants (51 pays et 21 organisations), même si le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Igor Ivanov, est resté vague. Elle a en revanche été dénoncée comme «contre-productive» par le représentant des Serbes de Bosnie.
M. Westendorp «a besoin d’un mandat plus robuste et doit pouvoir prendre des mesures provisoires en attendant que les instances bosniaques se soient mises d’accord», avait expliqué Klaus Kinkel.
Pour accroître la pression, il avait également insisté sur une stricte conditionnalité de l’aide à la reconstruction et dénoncé la corruption et les malversations dans la gestion de l’aide internationale.
Dressant un bilan de Dayton,Carlos Westendorp avait déploré que «dans de très nombreux domaines, le processus de paix soit maintenant sérieusement bloqué» et mis en garde contre «un retour à la guerre».
Blocage
«Si nous réduisons notre effort prématurément, nous risquons la défaite au moment où nous allions gagner», avait renchéri Strobe Talbott, secrétaire d’Etat adjoint américain, soutenant le renforcement du rôle de M. Westendorp.
«L’OTAN continuera à jouer pleinement son rôle», avait pour sa part assuré le secrétaire général de l’OTAN Javier Solana, soulignant que les pays membres de l’alliance planchaient sur la suite à donner à la Force de stabilisation (SFOR) dont le mandat expire en juin.
M. Solana avait toutefois insisté sur le rôle «capital» dévolu «dans le futur» à la force de police de l’ONU (IPTF), désormais dirigée par un Britannique, Richard Monk, et demandé de lui donner «plus de moyens humains et financiers».
Il avait également sommé les Bosniaques de «dire clairement quelles mesures ils comptent prendre, et quand».
Ils ont donné leur première réponse en fin de journée, constatant la déception de leurs interlocuteurs après leurs interventions durant la séance d’ouverture de la conférence.
Le musulman Alija Izetbegovic avait ainsi déploré que les Serbes n’aient pas été désignés nommément comme les auteurs du «blocage» du processus de paix.
Le Serbe Momcilo Krajisnik avait aussitôt rejeté cette accusation, la jugeant «humiliante». Quant au Croate Kresimir Zubak, il avait mis en garde contre le fait de désigner les musulmans comme la seule partie respectant l’accord de Dayton.
La passe d’armes s’était poursuivie sur le mandat de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) lors des prochaines consultations électorales en Bosnie, Momcilo Krajisnik exigeant un rôle d’«observateur» et non plus d’organisateur.
Enfin, alors que les Occidentaux insistaient sur la nécessité de traduire les criminels de guerre devant le Tribunal pénal international de La Haye (TPI), l’élu serbe avait maintenu qu’il s’agissait d’une «question nationale».
«Les propos de M. Krajisnik ont fait très mauvaise impression. Ils sont inacceptables», avait commenté Javier Solana, se faisant l’écho de la lassitude des représentants de la Communauté internationale face à une telle attitude. La Conférence de Bonn doit adopter ses conclusions mercredi en fin de matinée. (AFP)


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