La directive présidentielle que vient de signer le président américain Bill Clinton traduit, selon les analystes, une profonde évolution de la doctrine nucléaire américaine, en entérinant la fin de la Guerre froide et l’émergence de nouvelles menaces posées par des Etats terroristes ou de nouvelles puissances, comme la Chine.
La directive secrète, dont la presse américaine a révélé le contenu ce week-end, remplace un document similaire signé en 1981 par le président Ronald Reagan, au plus fort de la Guerre froide.
La directive de 1981 était fondée sur un principe simple: les Etats-Unis devaient être capables de prévaloir dans un conflit nucléaire prolongé avec l’URSS.
S’ils sont toujours centrés sur la menace nucléaire russe, les nouveaux principes directeurs de la doctrine nucléaire des Etats-Unis abandonnent la perspective d’un conflit nucléaire prolongé, admettant en pratique pour la première fois qu’il ne saurait y avoir de gagnants véritables à l’issue d’une confrontation nucléaire majeure.
«Le principal changement est que l’ancienne directive prévoyait d’utiliser nos forces nucléaires pour combattre et gagner une guerre nucléaire prolongée», a confirmé un conseiller du président Clinton, Robert Bell, directeur de la politique de défense au Conseil de sécurité nationale (NSC).
«Cela confirme le fait que l’on peut conserver une dissuasion nucléaire solide, robuste et crédible à des niveaux spectaculairement plus bas que ceux de la Guerre froide», a-t-il souligné.
Cette reconnaissance ouvre la voie à de nouvelles réductions dans les arsenaux stratégiques américains et russes dans le cadre des négociations en cours sur un nouveau traité sur la réduction des armes stratégiques (START-III).
Plafond réduit
La nouvelle directive «était attendue depuis longtemps», estime Bruce Blair, un expert des questions de désarmement à la Brookings Institution, un centre de recherches basé à Washington.
«Il est clair que la directive de 1981 qui appelait à combattre et à prévaloir en cas de conflit nucléaire prolongé était obsolète. Elle nécessitait vraiment une révision», poursuit-il.
Avec le traité START-II ratifié par le Congrès américain mais pas encore par la Douma (Parlement russe), Washington et Moscou sont d’ores et déjà convenus de réduire le nombre respectif de leurs ogives nucléaires à environ 3.000/3.500.
La conclusion d’un traité START-III permettrait de diminuer ce plafond d’un tiers.
«Cela n’était guère possible dans le cadre de l’ancienne directive parce que les exigences (d’une guerre totale) étaient trop élevées pour permettre de réduire ce niveau», explique Bruce Blair.
Cette évolution reflète, selon lui, «les nouvelles circonstances changeantes depuis la fin de la Guerre froide et notre désir d’avoir des relations normales avec la Russie».
Selon la presse américaine, la directive présidentielle assigne ainsi de nouvelles cibles aux missiles balistiques américains.
Elle prévoit aussi trois exceptions à l’engagement des Etats-Unis de ne pas utiliser l’arme nucléaire en premier: en cas d’attaque 1) par un pays doté de la capacité nucléaire; 2) par un pays ayant violé le traité de non-prolifération nucléaire; 3) ou encore par un Etat lui-même allié à une puissance nucléaire.
Options maintenues
La directive autorise également les militaires américains à prévoir des options pour répondre par une frappe nucléaire à des attaques bactériologiques ou chimiques par des Etats qualifiés par Washington de «hors-la-loi» sur le plan du respect du droit international. Sur ce plan, a insisté M. Bell, la directive ne comporte pas de changements.
Le conseiller de la Maison-Blanche a toutefois refusé de nommer ces pays mais, selon les informations parues dans la presse américaine, il s’agirait de l’Iran, de l’Irak, de la Libye et de la Syrie.
Tout en maintenant l’option de frappes nucléaires dirigées contre des cibles militaires et publiques en Russie, elle accroît enfin le nombre de cibles potentielles en Chine.
En dépit d’une certaine normalisation des relations sino-américaines durant les années 80, cette réévaluation de la menace chinoise fait suite à une période agitée sur le continent asiatique et entend répondre au programme de modernisation des forces nucléaires chinoises.
Refusant de désigner nommément la Chine, M. Bell a souligné que les Etats-Unis devaient être préparés au cas où un pays «doté d’armes nucléaires et actuellement ami deviendrait hostile». (AFP)


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