Ryuichi Koike est un modèle de réussite dans la filière des maîtres chanteurs spécialisés dans le racket des entreprises, une profession qui rapportait de confortables revenus à la pègre japonaise.
«Sans emploi», a-t-il répondu lorsqu’on lui a demandé sa profession. Inculpé avant l’adoption au Parlement d’une nouvelle loi plus sévère, il ne risque que neuf mois de prison.
Né en 1943 à Niigata, une ville du centre de l’archipel au bord de la mer du Japon, Koike était dans sa jeunesse un petit vendeur de rue et devait, comme tous les autres, acquitter une redevance à la pègre locale.
Koike a rapidement gravi les échelons du crime organisé, quittant Niigata en 1970 pour rejoindre une organisation de Yakuza (gangsters) de Tokyo.
Quelques années plus tard, il était connu et craint dans les milieux des grands patrons tels que le président de la grande maison de titres Nomura, Hideo Sakamaki.
Lorsque la police l’a arrêté au printemps dernier, il avait amassé une fortune colossale.
Les «sokaiya» doivent leur nom à l’expression japonaise «sokai», l’assemblée générale des actionnaires. De tradition, les grands groupes industriels japonais s’achetaient les services de la pègre pour s’assurer des réunions harmonieuses, les actionnaires fauteurs de troubles étant réduits au silence par les gangsters présents dans la salle.
Golf particulier
Mais une partie des «sokaiya», dont Koike, avaient retourné le système à leur avantage, soutirant de l’argent en menaçant les entreprises de poser des questions gênantes pendant ces assemblées.
Koike avait commencé ce travail en 1968. Il s’était fait remarquer en faisant le coup de poing contre les mouvements gauchistes au service de Mitsubishi Heavy, fournisseur de l’armée japonaise. Arrêté une première fois en 1975 pour avoir menacé un chef d’entreprise, il avait continué sur la même voie, Rikiya Kijima, l’un des plus célèbres parrains de la pègre japonaise, en ayant fait son poulain.
Kijima l’emmenait sur le green de son golf particulier et le présentait au gratin du monde des affaires japonais.
En 1984, Koike s’était distingué en s’emparant du micro lors d’une assemblée des actionnaires du constructeur automobile Nissan et en parlant sans discontinuer pendant deux heures.
A la mort de Kijima en 1993, Koike poursuivit son ascension. Celle-ci a été brutalement stoppée en mars cette année lorsque la police s’est intéressée de plus près aux transactions illégales dont il bénéficiait chez Nomura.
Selon les médias japonais, le gangster a demandé à son avocat d’obtenir une libération sous caution afin qu’il puisse rejoindre ses enfants pour Noël. (AFP)


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