Le site célèbre du «nid d’aigle» d’Adolf Hitler, perché sur les hauteurs de Berchtesgaden (sud de l’Allemagne), attise les passions depuis que l’armée américaine l’a déserté, l’abandonnant aux herbes folles, aux projets touristiques et aux polémiques.
Quelque 300.000 touristes se pressent chaque année sur les flancs de l’Obersalzberg, attirés par la majesté du cirque montagneux des Alpes bavaroises, mais surtout par les vestiges des bâtiments de ce sanctuaire du IIIe Reich et des 6 kilomètres de galeries bétonnées qui courent sous la surface.
Bien plus qu’un simple lieu de villégiature pour Hitler et ses proches, Berchtesgaden avait rang de deuxième siège gouvernemental après Berlin. Un centre diplomatique, où le premier ministre britannique, Neville Chamberlain, et le président du Conseil français, Edouard Daladier, s’étaient laissés circonscrire par le fuehrer avant de signer les accords de Munich.
«L’Obsersalzberg et Auschwitz vont de pair», relève le Pr Ernst Hanisch, de l’université de Salzbourg, en préambule à sa brochure historique. Hitler n’a-t-il pas déclaré en 1942: «Mes grands projets sont tous nés sur l’Obersalzberg», l’Anschluss, la guerre de conquête, les camps de la mort?
En 1995, l’Etat régional (Land) de Bavière a soudainement récupéré les 106 hectares du site abandonné par les forces américaines, avec l’hôtel de 280 lits destiné aux GI’s et leurs familles, son golf et ses remontées mécaniques. Depuis, l’ensemble a pris des allures de ville-fantôme.
La Bavière a lancé un appel d’offres international dans l’espoir de convaincre des chaînes hôtelières de consacrer quelques dizaines de millions de marks à la création d’un luxueux complexe touristique.
Le gouvernement régional a entrepris la construction d’un centre de documentation, sur les fondations de l’ancienne résidence des hôtes de Hitler. L’Obersalzberg ne doit pas devenir «un lieu de pèlerinage pour les nostalgiques», avait mis en garde le chef du gouvernement bavarois, Edmund Stoiber.
«Un projet scandaleux qui banalise les crimes du IIIe Reich», a fustigé Shimon Samuels, l’un des responsables du centre Simon Wiesenthal, avant d’adoucir quelque peu ses positions après une rencontre avec les responsables du projet à Munich.
Projet
pédagogique
«Il peut nuire à l’image de l’Allemagne s’il est imparfait», dit-il désormais, rappelant l’affaire du supermarché d’Auschwitz. Et de suggérer «d’inviter des experts internationaux à s’y joindre, d’organiser un symposium et de mettre au point un projet pédagogique solide».
Autant de suggestions rejetées en bloc par le directeur de l’Institut d’histoire contemporaine de Munich, Horst Moeller, responsable de la conception de l’exposition, «très irrité» par les griefs du centre Simon Wiesenthal. «Le concept est pertinent, fondé scientifiquement et a été approuvé par un comité d’experts de haut niveau», riposte-t-il.
Le Pr Moeller promet de mettre fin au «tourisme des bunkers» et montre du doigt les Américains qui, pendant un demi-siècle, n’ont rien fait pour éclairer le passé nazi du «nid d’aigle».
A quelques centaines de mètres de la résidence dynamitée de Hitler, certains font encore de bonnes affaires avec les reliques du IIIe Reich. La «Pension des Turcs» propose toujours de visiter quelques mètres de bunker pour cinq marks (3 dollars).
Un magasin de souvenirs continue d’écouler sa propre brochure, remaniée à la demande des autorités locales parce qu’elle faisait la part trop belle à l’imagerie bon enfant de la propagande nazie: un Hitler patelin nourrissant des faons, promenant son berger allemand Blondi dans la montagne ou embrassant des enfants souriants pendant que d’autres mouraient par dizaines de milliers dans les chambres à gaz.
Berchtesgaden, explique le Pr Moeller, était «un monde des apparences fabriqué pour dissimuler la réalité du régime» et le centre de documentation, qui doit ouvrir à l’été 1998, devra démythifier ces clichés. (AFP)


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