En plein milieu de Hyde Park où il harangue ses troupes en septembre 1996, Cheikh Omar Bakri, dirigeant du mouvement islamiste Mouhajiroun (les Emigrants), le reconnaît lui-même: «La Grande-Bretagne est le centre des mouvements islamistes du monde entier», dit-il. «Nous nous battrons pour faire flotter le drapeau de l’Islam sur Downing Street (la résidence du premier ministre britannique) et sur le monde».
Chaque année, plus de 2.000 personnes originaires du Proche-Orient demandent l’asile politique en Grande-Bretagne. La moitié, en moyenne, l’obtiennent, selon les statistiques du ministère de l’Intérieur.
En 1996, sur les 2.150 personnes qui ont déposé une demande, plus de 1.000 ont été autorisées à rester, dont 745 avec le statut de réfugié politique.
Une fois le statut obtenu, l’opposant bénéficie «exactement des mêmes droits que tous les citoyens britanniques», indique le ministère: liberté d’expression totale, à l’exception des appels au meurtre et à la haine raciale, droit de rassemblement, de formation de mouvement politique, de publier journaux ou tracts. Qu’ils soient modérés ou non.
Bien souvent, c’est cette presse qui sert de relais pour la collecte des fonds auprès de la communauté musulmanne de Grande-Bretagne, forte de 1,5 million de personnes, bien établie, qui dispose de nombreuses mosquées et d’une dizaine d’écoles coraniques.
Faire le tri
Des opposants égyptiens aux fondamentalistes algériens, en passant par les opposants au régime iranien, irakien, syrien, tunisien, tous sont organisés, parlent régulièrement à la presse, montent manifestations ou conférences, font du lobbying pour leur cause auprès des parlementaires britanniques.
C’est aussi à Londres que sont publiés les communiqués du Groupe islamique armé (GIA), qui revendique une bonne part des attentats commis en Algérie.
Soucieuse de respecter la liberté d’expression et de rester une terre d’asile, la Grande-Bretagne peut difficilement faire le tri entre les opposants harcelés par des régimes autoritaires qui viennent trouver refuge chez elle et les «terroristes assassins» dénoncés par le président égyptien Hosni Moubarak.
Fermement sermonné en 1995 par 15 ambassadeurs arabes qui se plaignaient de l’asile donné aux terroristes, le premier ministre britannique de l’époque, John Major, ne pourra ainsi que rappeler à ses interlocuteurs la tradition britannique en matière d’asile, qu’une justice indépendante se charge de faire respecter.
Et lorsque le même John Major tentera sous l’intense pression de Ryad de faire expulser en janvier 1996 un dirigeant de l’opposition séoudienne, Mohammed al-Masaari, il sera désavoué par les juges britanniques.
Il devra autoriser l’opposant à rester quatre années de plus sur le territoire, à la grande fureur de l’Arabie Séoudite qui avait menacé Londres de rétorsions sur de gros contrats d’armement.
La même année, le gouvernement se refusera officiellement à interdire une conférence islamiste organisée par Omar Bakri et vilipendée par les pays arabes. Mais le rendez-vous sera pour une fois annulé par les organisateurs, soumis à des contraintes de sécurité exceptionnelles par la police.
Attaqué une fois de plus après l’attentat de Louxor, le nouveau gouvernement travailliste s’est engagé à renforcer sa loi anti-terroriste. Il a limité le délai pendant lequel les demandeurs d’asile peuvent faire appel, et promis de lutter contre les collectes de fonds pour des activités terroristes.
Mais la philosophie ne changera pas, a prévenu le ministre de l’Intérieur, Jack Straw, en citant en exemple le président sud africain Nelson Mandela. «Nous sommes une société libre et il ne faut pas oublier que quelqu’un qui était considéré la veille comme un terroriste peut être qualifié le lendemain de «combattant de la liberté»». (AFP)

