Les Canadiens vont adopter un profil bas à la conférence de Kyoto, sans être parvenus à un consensus national sur les échéances à respecter pour réduire leurs émissions de gaz dans l’atmosphère.
La position de principe du gouvernement canadien est ferme sur la nécessité d’agir, mais Ottawa a subi de fortes pressions de certaines provinces, comme l’Alberta, qui produit 80% du pétrole, du gaz et du charbon au Canada, et Terre-Neuve (pétrole), pour que le Canada réduise ses prétentions à une réduction rapide des émissions de gaz à effet de serre.
«Si nous continuons à laisser augmenter ces émissions, le résultat sera désastreux», a déclaré la semaine dernière le premier ministre Jean Chrétien. Le Canada, l’un des principaux producteurs de gaz à effet de serre, est aussi l’un des pays qui souffriront le plus d’un réchauffement du climat, ont rappelé les partisans d’une action forte, notamment les groupes de défense de l’environnement.
Les politiciens originaires des provinces les plus concernées et les producteurs de combustibles fossiles ont affirmé que l’économie canadienne souffrirait davantage encore de règles trop contraignantes en matière d’émissions dans l’atmosphère. Certains, comme l’Association des producteurs de charbon du Canada, n’ont pas hésité à payer de pleines pages de publicité dans les journaux sous le titre «Kyoto: suicide économique par ignorance».
Les ministres canadiens et provinciaux de l’Energie et de l’Environnement se sont réunis le 12 novembre pour trouver un terrain d’entente sur la question. Neuf provinces sur dix ont retenu l’idée de repousser de dix ans, soit à 2010, l’échéance que le Canada s’était fixé en 1992, au sommet de la terre, pour réduire ces émissions à leur niveau de 1990.
Le report a été qualifié de «raisonnable» par les participants, alors que le Québec, qui recourt plus à l’hydroélectricité qu’aux énergies fossiles, se dissociait de l’accord en exigeant des mesures plus vigoureuses. Le ministre québécois de l’Environnement Paul Bégin a rappelé que le Québec a conservé l’échéancier original et veut ramener d’ici l’an 2000 ses émissions de gaz à leur niveau de 1990.
Marge de manœuvre
supplémentaire
Les groupes écologistes ont critiqué le report à 2010, jugeant que le nouvel objectif de réduction des émissions — conforme à la position américaine — allait «niveler par le bas» les positions qui seraient présentées à Kyoto.
M. Chrétien a tenté après cette réunion d’obtenir une marge de manœuvre supplémentaire pour se démarquer un peu, à Kyoto, des Etats-Unis. Il a rencontré en privé, la semaine dernière, les premiers ministres des provinces les plus récalcitrantes, Ralph Klein (Alberta) et Brian Tobin (Terre-Neuve) pour les convaincre de fixer à 2007 plutôt que 2010 l’échéance de réduction des émissions au niveau de 1990.
A Kyoto, le Canada pourrait promouvoir l’idée, qui plairait au lobby industriel canadien, d’une «différenciation» des pays, autorisés à fixer des cibles différentes de réduction des émissions, pour tenir compte de situations particulières comme celles ne connaît le Canada, du fait de son climat froid, de l’étendue de son territoire et de l’importance de son secteur énergétique.
Pour l’ensemble du Canada, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 10% depuis 1990. Un chiffre douloureux pour un pays qui se présente souvent comme grand défenseur de l’environnement, et que ne compensent guère les succès de Toronto, la plus grande ville du pays, qui se classe en tête du palmarès réalisé par l’ONU sur les réductions des gaz à effet de serre, pour 150 villes du monde. Depuis 1990, Toronto aurait diminué de 6% ses émissions. (AFP)


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