Recevant pour la première fois le chef de la mission d’enquête, le juriste togolais Atsu Koffi Amega, le ministre de la Reconstruction de République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre), Etienne Richard Mbaya lui a déclaré devant les journalistes: «Rien ne vous empêche d’entreprendre votre mission, cette fois là où vous voulez».
M. Mbaya préside le comité de liaison chargé des relations entre le gouvernement et la mission d’enquête.
«Si vous ne le faites pas aujourd’hui (mercredi), j’ai la possibilité de vous faire recevoir demain (jeudi) par le chef de l’Etat», Laurent-Désiré Kabila, a poursuivi M. Mbaya, avant d’affirmer: «Personne n’a mis un frein» à l’enquête des Nations Unies. Le ministre a ensuite poursuivi ses entretiens à huis clos avec M. Amega.
Depuis son retour à Kinshasa il y a deux semaines, la mission n’avait pas encore été reçue par le comité. Cette audience était le préalable au début effectif des investigations sur les graves allégations d’exactions perpétrées dans l’ex-Zaïre de mars 1993 à décembre 1997 et qui concernent notamment des accusations contre les forces de M. Kabila lors de leur offensive victorieuse contre l’armée du maréchal Mobutu sese Seko.
Kinshasa n’a jamais caché son hostilité à une telle enquête et bloquait le début des investigations depuis des mois, en dépit des pressions internationales.
Le 18 novembre, après une première mise en garde du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, les ministres des Affaires étrangères, Bizima Karaha, et de l’Intérieur, Mwenze Kongola avaient reçu M. Amega et lui avaient promis une réunion rapide avec le comité de liaison, en vue du déploiement des enquêteurs à travers le pays.
Cette promesse n’ayant pas suivi d’effet jusqu’à mardi soir, le secrétaire général de l’ONU avait annoncé le retrait de la mission dans un délai de 48 heures, si aucun progrès n’était enregistré.
Engagements
M. Annan souhaitait même un retrait immédiat, mais, selon des diplomates aux Nations Unies, les Etats-Unis ont fait pression sur le secrétaire général pour qu’il ajourne sa décision, ont affirmé des diplomates.
On a, par ailleurs, annoncé mercredi que le secrétaire d’Etat américain, Madeleine Albright, était attendue le 12 décembre à Kinshasa.
Le retrait de la mission, s’il avait constitué un grave revers pour M. Annan, aurait également eu des conséquences sur la reprise de l’aide internationale à la République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre).
Plusieurs bailleurs - dont le Parlement européen et le Japon — conditionnent en effet leur aide, notamment, au bon déroulement de l’enquête et une conférence des «amis du Congo» consacrée à l’aide à la reconstruction du pays doit se tenir début décembre à Bruxelles.
En août et septembre, la mission avait effectué un premier séjour, de plus d’un mois, à Kinshasa mais n’avait pu débuter ses investigations, se heurtant au refus du gouvernement de la voir se rendre en province, notamment dans la région de Mbandaka (nord-ouest).
M. Annan avait alors rappelé, début octobre, les enquêteurs à New York pour «consultations» avant de les dépêcher une seconde fois à Kinshasa, sur la base «d’engagements» du président Kabila.
Ces«engagements», qui ont trait à la levée des entraves sur le travail des enquêteurs, en leur garantissant notamment la liberté de mouvement en RDC, ont été obtenus le 25 octobre par l’ambassadeur américain aux Nations Unies, Bill Richardson, venu à Kinshasa s’entretenir avec M. Kabila. (AFP)


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