Des membres de la tribu Bouissa préparent le déjeuner de 400 personnes, volontaires pour protéger de leur corps les ateliers de pièces détachées pour tracteurs contre un éventuel bombardement aérien.
De grosses marmites remplies de viande et de riz bouillonnent sur des réchauds à gaz.
«Mon oncle, le chef de la tribu, a décidé de nourrir ces gens tous les jours», explique Mohammed Dahal, un dignitaire de la tribu.
«Nous leur donnerons à manger aussi longtemps qu’ils restent ici», ajoute-t-il, avant d’improviser quelques vers vantant les mérites du président Saddam Hussein.
Les tribus irakiennes se sont enrichies pendant les sept années d’embargo, en vendant leurs légumes et leurs moutons à l’Etat à des prix soutenus pour encourager la production.
Les murs de l’usine, à 30 kilomètres à l’ouest de Bagdad, sont couverts d’inscriptions à la craie: «A bas les Etats-Unis».
«Quand j’ai appris l’adoption de la résolution mille neuf cents et je ne sais combien, j’ai décidé de venir m’installer ici pour protéger l’usine, qui est la propriété de tout le peuple», déclare Hani Mahmoud, un agriculteur de 30 ans.
«Depuis, je dors ici ainsi que mon père, mon frère et ma sœur», a-t-il ajouté.
La résolution 1137 du Conseil de Sécurité, imposant de nouvelles sanctions à l’Irak, a été votée le 12 novembre. Le lendemain, l’Irak mettait à exécution sa menace d’expulser les inspecteurs américains de la Commission spéciale de l’ONU chargée du désarmement irakien (UNSCOM).
Assis sagement sur un tapis dans l’atelier où les machines se sont tues, une centaine d’enfants, âgés de 5 à 10 ans, écoutent attentivement la maîtresse d’école leur dispenser un cours d’arabe, en se servant d’une planche de bois rectangulaire comme tableau.
Mais en voyant les représentants de la presse internationale arriver, les élèves se mettent à scander des slogans anti-américains et entonnent des chants à la gloire du chef de l’Etat irakien.
«Je n’ai pas peur pour les enfants et je ne serai pas triste s’ils meurent pour l’Irak, parce que ce pays mérite qu’on se sacrifie pour lui», affirme la maîtresse, Houda Chaouki, 40 ans, venue s’installer à l’usine avec son fils Mazen, 8 ans.
Lamiha Jassem, une veuve de 55 ans, donne à manger à ses trois enfants. Elle souffre d’asthme et n’a pas d’argent pour se procurer des médicaments.
«La vie sous l’embargo n’en est pas une. Nous préférons mourir la tête haute que de continuer à vivre de cette façon», a-t-elle déclaré.
«Qu’ils (les Etats-Unis) nous attaquent pour qu’on meure avec dignité», a-t-elle ajouté. (AFP)


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