Le débat a été relancé fin octobre par une demande des libéraux du FDP (coalition gouvernementale) d’accorder la double nationalité aux enfants nés de parents immigrés jusqu’à ce qu’ils décident, à leur majorité, lequel des deux passeports ils souhaitent garder. Pour l’instant les enfants nés en Allemagne reçoivent uniquement la nationalité de leurs parents, conformément au «droit du sang» qui régit la loi.
N’ayant pas la possibilité d’obtenir deux passeports, les enfants d’immigrés doivent choisir à leur majorité s’ils garderont la nationalité de leurs parents ou opteront pour la citoyenneté allemande. La loi leur en offre la possibilité pour peu qu’ils soient là depuis huit ans au moins et aient fréquenté une école pendant six ans. Quelque 72.000 étrangers se sont ainsi vu accorder la nationalité allemande en 1995, dont près de 31.000 Turcs.
Bien que limitée aux seuls mineurs, la demande d’une double nationalité n’en a pas moins déchaîné les foudres des Unions chrétiennes, le chancelier Helmut Kohl affirmant qu’un assouplissement de la loi attirerait de nouveaux candidats à l’émigration et que le nombre de Turcs passerait de trois à six millions. A l’exception de quelques francs-tireurs, les Unions ont rejeté en bloc cette demande.
Un tabou
La double nationalité continue à faire figure de tabou, même si plus de 500.000 personnes — enfants de mariages mixtes ou Allemands de la Volga fraîchement émigrés — vivent dans le pays avec deux passeports. Mais l’élargissement de ce droit aux filles et fils d’étrangers a toujours été repoussé par la majorité conservatrice, qui invoque tour à tour depuis des années la loyauté du citoyen envers l’Etat ou la symbolique de l’appartenance nationale.
«La législation est complètement absurde si on la compare aux textes en vigueur en France ou aux Etats-Unis», s’insurge Cem Ozdemir, député écologiste du parti des Verts et militant convaincu de la double nationalité.
Ce fils d’émigré turc, qui a opté pour la citoyenneté allemande, dénonce des textes d’un autre âge — la loi date de 1913 et a juste été dépoussiérée en 1993 — qui ne correspondent plus selon lui à l’état d’esprit de la société.
«Les Allemands se rendent compte que c’est dans leur intérêt de changer la législation, parce qu’il n’est pas raisonnable pour un pays d’avoir sept millions de personnes pas intégrées», affirme-t-il. Selon lui, une situation où «certaines personnes paient des impôts d’un côté, mais de l’autre n’ont pas le droit de vote» ne peut perdurer
Assouplir la loi «permettrait en outre de désamorcer les problèmes comme la montée du nationalisme et de l’islamisme», estime-t-il.
Mustafa Kaplan, étudiant en économie de 26 ans qui a choisi la citoyenneté allemande, dit «regretter de ne pas pouvoir garder les deux nationalités», même s’il s’affirme «parfaitement intégré». Il aspire à un changement en la matière mais reste sceptique sur les chances d’une modification d’ici aux prochaines élections, en septembre 1998, car selon lui «les Unions ne sont pas mûres».
La loi reste donc en l’état, avec une seule mini-concession proposée mardi par la CDU et la CSU: les enfants d’étrangers auront désormais «l’assurance» de recevoir la nationalité allemande à leur majorité, s’ils le désirent. (AFP)

