Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

La chasse aux espions de Bentalha


Une chape de douleur et de haine s’est abattue sur Bentalha, une localité de la Mitidja, proche d’Alger, où plus de 200 habitants ont été massacrés et où les survivants accusent des familles, des voisins d’avoir «guidé les égorgeurs».
Ce bourg poussiéreux porte encore les traces du massacre avec ses maisons à deux étages, brûlées, dont les occupants ont péri calcinés. D’autres sont vides: les rescapés ont fui. Un barrage de l’armée filtre les entrées de la ville.
Depuis ce massacre, le 22 septembre, des groupes de «patriotes», des civils armés par les autorités, surveillent Bentalha.
Il est 11h00, «Klash» (Kalashnikov) flambant neuves ou fusils à pompe à la main, ces hommes, certains de 20 ans, à peine, d’autres ayant dépassé la cinquantaine, déambulent. Un jeune en veste de treillis a les yeux rougis par les nuits de veille. Sa mère et deux de ses sœurs ont été égorgées. Deux autres de ses sœurs ont été enlevées.
Un adolescent de 15 ans, aux gestes encore gauches, suit les hommes en armes. Il porte une besace remplie de munitions. Chacun «patriote» a reçu 100 balles.
Soudain, une équipe de quatre «patriotes» arrive près d’un café. Il encadre un homme d’une quarantaine d’années, vêtu d’une veste.
L’homme, terrorisé, a les mains liées dans le dos.
Rapidement, les autres «patriotes» accourent, entourent le captif, l’entraînent un peu à l’écart de la route et l’adossent à un arbre. Le cercle se resserre. Les cris fusent.
— «Tu es un «terroriste», c’est toi qui nous as trahis», lance un jeune «patriote» furieux, cou tendu, en agitant son arme juste devant le visage du captif.
— «Non, ce n’est pas moi», répond faiblement l’homme.
Au bout de quinze minutes, le groupe revient du barrage de l’armée. «Il nie toujours. Mais c’est un «terroriste» à 100%. Avec l’armée, il va reconnaître cela», lance un «patriote».
«Son beau-frère est aussi un terroriste. Depuis le jour du massacre, il a quitté sa maison. On l’a attrapé alors qu’il revenait aujourd’hui». Un jeune homme s’immisce dans la conversation: «Des gens d’ici l’ont reconnu, le soir du massacre, c’est lui qui a détruit le disjoncteur», affirme-t-il.
Les patriotes sont convaincus: ils ont été dénoncés par des habitants du village. Leurs propres voisins.
«Nous avions décidé de prendre les armes. Nous avions constitué une liste, avec les noms des volontaires», raconte un «patriote». «Nous avons reçu les premières armes le dimanche. Les «terroristes» sont arrivés le lundi. Ils cherchaient en particulier les gens sur la liste. Moi je n’étais pas là, mais mon frère porte le même nom que moi: ils l’ont tué», affirme-t-il.
L’armée algérienne, critiquée pour n’être pas intervenue lors du massacre a, elle aussi, affirmé que l’attaque de Bentalha avait été soigneusement planifiée et que les assaillants disposaient de complicités.
«La nuit, maintenant, on monte la garde sur les toits», explique un «patriote». «Nous savons que d’autres ici sont suspects. La peur est toujours là», explique-t-il en montrant sa poitrine. (AFP)
Une chape de douleur et de haine s’est abattue sur Bentalha, une localité de la Mitidja, proche d’Alger, où plus de 200 habitants ont été massacrés et où les survivants accusent des familles, des voisins d’avoir «guidé les égorgeurs».Ce bourg poussiéreux porte encore les traces du massacre avec ses maisons à deux étages, brûlées, dont les occupants ont péri calcinés. D’autres sont vides: les rescapés ont fui. Un barrage de l’armée filtre les entrées de la ville.Depuis ce massacre, le 22 septembre, des groupes de «patriotes», des civils armés par les autorités, surveillent Bentalha.Il est 11h00, «Klash» (Kalashnikov) flambant neuves ou fusils à pompe à la main, ces hommes, certains de 20 ans, à peine, d’autres ayant dépassé la cinquantaine, déambulent. Un jeune en veste de treillis a les yeux...