Le débat, passionné, entre les partisans et les opposants à Microsoft a débordé les frontières du monde informatique depuis que le département de la Justice a porté plainte le 20 octobre contre le groupe, dont la stratégie Internet violerait un accord de 1995 avec les autorités antitrust.
Jeudi et vendredi, la discussion a animé une conférence à Washington consacrée à la stratégie de Microsoft, organisée par le champion de la défense des consommateurs aux Etats-Unis, l’avocat Ralph Nader.
Le gouvernement, proclame Microsoft, prend parti dans la guerre qui l’oppose à son concurrent Netscape dans les logiciels de navigation sur Internet. L’intervention des autorités, affirme le groupe de Bill Gates, menace en outre de geler l’innovation technologique.
Dans la haute technologie, l’exercice d’un monopole temporaire est indispensable à l’innovation, car il dégage les fonds nécessaires pour la recherche et stimule la motivation, a reconnu l’économiste Brian Arthur. Mais cette théorie n’est viable que «si une vague succède à l’autre, que chaque monopole cède la place au prochain».
Maintenir un environnement concurrentiel
Pour ce faire, «la course doit obéir à des règles de fair-play» qu’il appartient au gouvernement de fixer, a-t-il affirmé.
«Notre but est de tenter de maintenir un environnement concurrentiel dans le secteur de la haute technologie. Nous ne sommes pas là pour protéger un concurrent quelconque», a souligné un des adjoints à l’Attorney General du Texas, Samuel Goodhope, lors de la conférence.
«Nous pourrions dire: les consommateurs sont contents, alors pourquoi nous en faire», a continué M. Goodhope. «Mais nous nous inquiétons des conséquences à long terme: nous voulons être sûrs que les consommateurs et les entreprises pourront profiter des énormes opportunités du Web».
L’Etat du Texas a porté plainte le 7 novembre contre Microsoft, accusant le géant des logiciels d’obstruction dans une enquête des autorités d’Austin sur d’éventuels agissements anticoncurrentiels.
Ceux du Connecticut, de la Californie, de New York, du Minnesota et du Massachusetts ont ouvert des enquêtes similaires, de même que le Japon et la Communauté européenne.
Mais les autorités antitrust, estiment les partisans de Microsoft, n’ont pas à se mêler d’un succès dû à de bons choix stratégiques et technologiques.
«Et si Microsoft suivait tout simplement le bon modèle industriel», a demandé un journaliste. Le groupe de Redmond (Etat de Washington) a choisi dès ses débuts de se consacrer exclusivement aux logiciels sans se préoccuper du matériel informatique, au contraire de groupes comme IBM ou Apple.
«Ce n’est pas une chasse aux sorcières,», a lancé Christine Varney, avocat et ancien membre de l’agence fédérale de protection des consommateurs, la FTC. «Mais les autorités des Etats-Unis ont obligation de faire respecter la loi, et Microsoft a franchi la ligne de l’illégalité».
L’action du département de la Justice sera déterminante, bien qu’elle ne porte que sur l’accord de 1995, a estimé Mme Varney. «La grande affaire antitrust viendra plus tard, mais ceci est une étape importante».
Quelle que soit la suite des événements, a averti l’économiste Brian Arthur, «le gouvernement américain va réécrire dans les cinq ans qui viennent les règles du jeu de la haute technologie». (AFP)


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