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Actualités - Opinion

Attention, fragile

Petit air connu depuis la nuit des temps politiques. Les paroles en sont: «Je te tiens, tu me tiens par la barbichette». La version, cette fois, n’est en rien nouvelle si les acteurs sont différents, et aussi la tactique employée de part et d’autre. Ce que Saddam Hussein a fait en expulsant les inspecteurs américains de la commission de surveillance, «c’est d’assurer que les sanctions resteront en place tant qu’il sera là»... Redoutable, la menace de Bill Clinton présente au moins l’avantage de clairement poser le problème. Le pendant à Bagdad en serait: tant que sera maintenu l’embargo — et depuis mercredi cette étrange interdiction de voyager faite «aux fonctionnaires et membres des forces armées responsables des entraves au travail de l’UNSCOM» —, le président irakien demeurera au pouvoir.
Ses griefs, la Maison-Blanche vient de les résumer en deux points: stockage d’armes chimiques «qui constituent une menace à l’aube du XXIe siècle»; défi lancé à l’ONU, «ce qui crée un précédent trop important sur l’impuissance de l’organisation internationale». On appréciera le double reproche, formulé par un pays qui vient de refuser par ailleurs de signer la convention sur l’interdiction des mines antipersonnel et dont le Congrès continue de bloquer les crédits permettant à l’Administration de s’acquitter de son énorme dette envers les Nations Unies.
Il ne s’agit nullement — mais y aurait-il seulement besoin de le préciser? — de chercher une mauvaise querelle à la toute-puissante Amérique et par là même de sembler absoudre l’Irak de ses nombreux péchés. Depuis la monumentale gaffe représentée par l’invasion du Koweit jusqu’à l’actuelle crise, le régime de Bagdad n’a fait qu’accumuler, avec une désolante constance, les erreurs de calcul, ignorant les conseils prodigués par des nations amies — la France en premier lieu — et choisissant de foncer droit vers les chausse-trapes qui se multipliaient son chemin.
Il y a tout lieu, certes, de s’inquiéter de cette alternance erratique entre foucades soudaines et tout aussi soudains accès de sagesse. Plus grave est le choix des termes des paris pris, hier lors de l’équipée koweitienne, aujourd’hui dans cette guerre déclarée aux moulins yankees. Tout comme il ne pouvait y avoir en 90 de passivité internationale face à l’occupation par la force d’un émirat grand producteur de pétrole, il ne saurait à l’heure actuelle se produire une dislocation des rangs alliés, s’agissant de l’autorité et du prestige du Conseil de sécurité. Que cette vénérable statue de Commandeur soit de plus en plus menacée ces derniers temps d’être déboulonnée par ceux-là mêmes qui l’ont installée à San Francisco au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale n’enlève rien à leur volonté de la protéger. Au contraire, pourrait-on dire: l’argument mérite toujours d’être brandi dès lors qu’il s’agit d’abattre un gêneur qui, de plus, veut s’arroger le droit de se poser en défenseur des faibles et des opprimés.
L’Amérique n’a pas désarmé, elle, si l’ardeur des compagnons de la veille donne l’impression d’être tombée et si les pays arabes multiplient les mises en garde contre une frappe, même limitée. Tant lourde de menaces — et pas seulement militaires — est pour chacun la conjoncture née du «nouveau désordre mondial» que la grande communauté des frères malgré eux ne pourra que reconstituer, en Europe tout comme au Proche-Orient, une alliance sans doute provisoire mais d’autant plus rassurante qu’elle sera dirigée contre un bien faible adversaire.
En rangs serrés ou épars, la cohorte des Etats petits et grands suivront à n’en pas douter le mouvement enclenché pour, en toute logique, déboucher sur l’option des armes. Encore nimbé de son auréole d’ancien de la CIA et de la guerre du Golfe, George Bush aurait, paraît-il, donné ce conseil à son successeur: «Si nous y allons seuls, on doit le faire bien». En clair: cette fois, ne pas se contenter de déstabiliser le régime mais le renverser.
Ce n’est pas l’appel lancé vendredi soir par Mohammed Saïd Sahhaf à un dialogue sans condition qui retardera l’échéance. Le parti de Washington étant pris, toute la question est de savoir de quoi sera fait l’après-guerre. Et tout d’abord l’avenir d’un processus de paix déjà péniblement maintenu en vie et qu’il faudrait mettre en hibernation en attendant que tombent les vents de la nouvelle Tempête du Désert.
Christian MERVILLE

Petit air connu depuis la nuit des temps politiques. Les paroles en sont: «Je te tiens, tu me tiens par la barbichette». La version, cette fois, n’est en rien nouvelle si les acteurs sont différents, et aussi la tactique employée de part et d’autre. Ce que Saddam Hussein a fait en expulsant les inspecteurs américains de la commission de surveillance, «c’est d’assurer que les sanctions resteront en place tant qu’il sera là»... Redoutable, la menace de Bill Clinton présente au moins l’avantage de clairement poser le problème. Le pendant à Bagdad en serait: tant que sera maintenu l’embargo — et depuis mercredi cette étrange interdiction de voyager faite «aux fonctionnaires et membres des forces armées responsables des entraves au travail de l’UNSCOM» —, le président irakien demeurera au pouvoir.Ses...