Les Marocains se rendent aux urnes ce vendredi 14 novembre pour élire 325 députés du Parlement de l’Assemblée nationale qui comprend en outre une sorte de conseil économique et social appelé Chambre des conseillers, formé de 225 membres représentant les corps constitués, les syndicats, les artisans et les paysans.
Près de 3.500 candidats se disputent les 325 sièges du Parlement. Ils appartiennent à 16 partis, les candidatures indépendantes étant interdites aux termes de la Constitution révisée l’an dernier.
Le Maroc est divisé, et cela doit faire plaisir à Bkerké de l’apprendre, en micro-circonscriptions d’un seul député chacune «parce que cela assure la meilleure représentation de proximité, la plus pointue», souligne un cadre du ministère de la Communication (Information). Antérieurement on nommait le tiers des députés parmi les corps constitués, les corporations ou la paysannerie; mais l’on a finalement préféré séparer en deux l’Assemblée et procéder pour les deux Chambres à des élections, à cette nuance près que les conseillers ne sont pas élus au suffrage universel comme les députés mais par les conseils régionaux. Poursuivant un effort de démocratisation et de modernisation progressives engagé depuis plusieurs années, le roi Hassan II permet désormais la participation de la plus large frange possible du Maroc travailleur à la vie publique, à travers ces deux Chambres. Il ouvre de la sorte, en même temps, la voie à une opposition aussi reconnue que structurée qui doit cependant, dans son esprit, assumer la responsabilité de la conduite des affaires publiques par des objections constructives. La nouvelle Constitution marocaine est inspirée des systèmes français, espagnol, britannique et italien tout à la fois, piquant des éléments dans chacune des Constitutions citées en laissant cependant la part belle aux éléments spécifiquement nationaux.
Ainsi le Maroc interdit à tout ministre de se porter candidat, bien que l’opération électorale soit placée sous la supervision d’une commission spéciale — non du ministre de l’Intérieur — présidée par le président du Conseil supérieur de la Magistrature assisté du président du Conseil constitutionnel, des ministres de l’Intérieur et de la Justice, mais aussi des représentants des 16 partis en lice.
Pour leurs fonds de campagne, ces derniers se voient allouer des crédits spéciaux et l’aide gouvernementale leur assure également des placards dans les journaux, des plages de publicité à la télévision et des affiches, suivant un système assez compliqué de quotas qui a fait l’objet d’un consensus entre les formations politiques. La presse mondiale a été invitée à couvrir les élections en tant qu’observateur de régularité et 50 pays, dont le Liban, ont ainsi des envoyés sur place.
Le Maroc, il faut le signaler, n’a pas été secoué par la campagne électorale. Pas de mouvements de foules dans les villes ou dans les villages et on ne parle que très peu des élections, même dans le Sahara qui est la région la plus politisée à cause du Polisario. Seule la presse et les partis d’opposition s’emballent un peu et font montre de mordant, en lançant des attaques contre de présumés achats de voix, à la veille du scrutin.
Moins ponctuellement, les analystes se posent des questions sur l’efficacité du nouveau système, qui est en effet très complexe, ce que reconnaît volontiers d’ailleurs un officiel qui précise qu’avec la pratique on devrait pouvoir améliorer les mécanismes et préciser la nature du rôle comme des rapports respectifs de chacune des deux Chambres de l’Assemblée, ces contours étant encore mal définis. Pour tout dire, le calme même qui a accompagné la campagne électorale, qui vient de s’achever, prouve qu’au Maroc tout reste sous contrôle. Démocratisation sans doute mais le Palais ne lâchera pas les rênes de sitôt…


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