Rien ne met plus facilement en fureur un Franco-Louisianais que de s’entendre appeler «Cajun» par un Français.
«Cajun» n’est autre que l’appellation donnée par les Américains aux «Cadiens» descendants des Acadiens venus au XXIIIe siècle de l’Acadie (ou la Cadie), possession française du Canada cédée à l’Angleterre en 1713.
Prononcé en américain, il ressemble en effet au mot «Cadien», tel qu’il est articulé par les Franco-Louisianais: «Cadjin».
«Cajun» en français est «une aberration, un mot qui n’a jamais existé dans l’histoire des Acadiens», dit Barry Ancelet, professeur à l’université de Louisiane du sud-ouest (Lafayette).
«Les Français sont très arrêtés par l’écrit. Pour trouver une bonne définition des Cadiens, ils ont cherché dans l’écriture mais ironiquement, ils n’ont trouvé que des ouvrages en anglais», explique-t-il.
Ils ont alors calqué le terme américain sans demander aux intéressés comment l’écrire en français. «Cajun» figure maintenant dans des guides touristiques et dictionnaires français.
«Les Français sont mariés avec la langue écrite. Ils ne peuvent pas se divorcer d’elle», souligne Richard Guidry, un des responsables du département louisianais de l’Education.
Les Louisianais francophones sont les descendants de quatre groupes principaux: les Créoles blancs, les Cadiens, les Créoles de couleur et les Amérindiens, explique-t-il.
Les Cadiens sont à l’origine les descendants des Acadiens déportés du Canada en 1755 lors du «Grand dérangement» et établis progressivement dans les marécages et les prairies de la basse Louisiane.
Les Créoles blancs descendent des planteurs français, allemands et espagnols. Les premiers colons sont arrivés au début du XVIIIe siècle.
Les Créoles de couleur sont les descendants des esclaves noirs originaires d’Afrique et de Haïti (anciennement Saint-Domingue).
Les Amérindiens francophones descendent des tribus converties par les missionnaires français au XVIIIe siècle. Le français est encore une langue vivante dans deux tribus.
De nos jours, dans le langage courant, le terme candien a pris un sens très large, se référant souvent à tous ceux qui ont un héritage français ou qui ont été assimilés.
Le substantif créole a fini par être utilisé pour qualifier uniquement les noirs francophones, précise M. Guidry, dont la grand-mère, une Blanche, se disait encore Créole à son époque. La langue des Noirs francophones est appelée créole par les Louisianais. (AFP)


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