Comme il le fait depuis le début de cette crise entre l’Irak et l’ONU, M. Clinton a choisi d’ignorer les divergences entre les Etats-Unis et plusieurs de leurs partenaires, au premier rang desquels la France et la Russie, sur les méthodes à employer face à Bagdad, préférant s’attarder sur cette image fragile d’une unité retrouvée de la coalition alliée qui remporta la guerre du Golfe de 1991.
«Je me félicite de la prompte, claire et ferme résolution par le Conseil de Sécurité de l’ONU condamnant l’Irak pour faire obstruction au travail des inspecteurs internationaux sur le désarmement de l’Irak», a-t-il dit dans un communiqué.
«Il est pleinement satisfait de la résolution. Il reste à voir s’il est pleinement satisfait de la réaction du gouvernement irakien», a renchéri son porte-parole, Michael McCurry.
Le Conseil de Sécurité avait auparavant adopté à l’unanimité la résolution 1137, qui renforce les sanctions contre l’Irak en interdisant de voyage les responsables irakiens entravant les travaux de la Commission spéciale de l’ONU sur le désarmement de l’Irak (UNSCOM).
Mais le vice-premier ministre irakien, Tarek Aziz, a aussitôt rejeté ce texte. «Nous ne pouvons pas accepter cette résolution, parce que nous la considérons injuste», a-t-il déclaré dans une interview à CNN.
Les conseillers de politique étrangère de M. Clinton — dont les secrétaires d’Etat, Madeleine Albright et à la Défense, William Cohen — se sont réunis à la Maison-Blanche après le vote à l’ONU pour faire le point sur la situation et examiner «les futures actions possibles», a commenté un responsable américain sous couvert de l’anonymat. M. Clinton n’a pas pris part aux discussions.
«C’est une situation qu’il va falloir un certain temps pour résoudre», a déclaré ce responsable, confirmant implicitement que l’heure n’était pas encore à l’option militaire.
Représailles unilatérales
Les Etats-Unis n’excluent toutefois pas cette option. Selon des sources diplomatiques à l’ONU, ils pourraient ainsi envisager des représailles unilatérales si les experts américains membres de l’UNSCOM étaient expulsés.
C’est l’annonce par l’Irak, le 29 octobre, de son intention d’expulser ces Américains qui a déclenché la crise. M. Aziz a confirmé dans son interview à CNN que l’expulsion aurait lieu, mais a assuré ne pas savoir quand.
M. McCurry a estimé qu’une telle expulsion constituerait «un acte de défi (...) nécessitant des mesures supplémentaires», qu’il n’a pas précisées.
Il a aussi refusé de dire combien de temps les Etats-Unis étaient disposés à laisser à Bagdad avant de passer à l’étape suivante.
La résolution 1137 mentionne simplement d’«autres mesures» si l’Irak ne cède pas, alors que le projet américain de résolution, plus dur, menaçait Bagdad de «sérieuses conséquences». Washington a dû accepter un compromis sur ce point.
Mais M. Clinton a passé sous silence ces considérations. «D’une seule voix, le Conseil de Sécurité a dit clairement que les actions de l’Irak étaient inacceptables (...) et que les sanctions resteront en vigueur jusqu’à ce que l’Irak coopère» avec l’ONU, a-t-il dit.
«Pour l’Irak, il y a une manière simple de s’extraire du trou où Saddam Hussein l’a mis: se conformer à la volonté de la communauté internationale», a-t-il conclu.
Pour Washington, la priorité était d’abord d’empêcher l’Irak de réussir dans sa tentative d’accroître les divisions entre les Etats-Unis et leurs partenaires.
Le 23 octobre, la Chine, la France et la Russie, ainsi que l’Egypte et le Kenya, s’étaient abstenus lors du vote par le Conseil d’une résolution qui menaçait l’Irak d’imposer cette interdiction de voyages.
Au lieu d’intensifier ces divisions, les actions de Saddam Hussein «ont provoqué une réponse unie de la communauté mondiale», a commenté M. McCurry. (AFP)


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