S.S. Dogra, directeur général de Tata Tea, filiale du grand groupe industriel Tata, a été arrêté sous l’accusation d’avoir aidé le Front uni de libération de l’Assam (ULFA), une guérilla qui combat le régime de New Delhi dans cet Etat de l’extrême nord-est de l’Inde riche en thé.
La police a indiqué qu’elle enquêtait sur des informations selon lesquelles de nombreuses autres compagnies de thé payent des guerilleros depuis des années pour s’assurer de leur protection.
«C’est choquant, a déclaré M. Nitin Baruah, secrétaire général de l’association indienne des producteurs de thé. S’il est vrai que des sociétés payent des guerilleros, alors il faut appliquer la loi».
Tata Tea est spécifiquement accusée d’avoir financé l’accouchement à Bombay de l’épouse d’un des chefs de l’ULFA.
L’ULFA combat pour l’indépendance de l’Assam, région riche également en pétrole et en bois, située au pied oriental de l’Himalaya entre le Bangladesh et le Bhoutan. Plusieurs autres groupes séparatistes aborigènes y luttent également depuis des décennies.
Menaces et rançons
L’Assam, surnommé le «jardin à thé», compte pour près de la moitié des 780.000 tonnes de thé produits par an par l’Inde, le principal pays producteur et consommateur de thé. Tata Tea contrôle un quart du marché indien.
L’industrie du thé dans le nord-est de l’Inde, région où se trouvent également les célèbres plantations de Darjeeling (nord de l’Etat voisin du Bihar), a un chiffre d’affaires annuel estimé à 570 millions de dollars.
La police soupçonne depuis des années l’UEFA et d’autres groupes de guerilla de rançonner les compagnies, qui auraient déjà payé quelque 60 millions de dollars à l’UEFA. A la fin des années 1980, plusieurs dirigeants avaient été enlevés contre rançons. En 1990, l’ULFA avait affirmé qu’elle tuerait les planteurs s’ils ne payaient pas 60.000 dollars chacun.
M. Dogra a été arrêté à Guwahati, capitale de l’Assam, après une semaine d’interrogatoire de plusieurs dirigeants de Tata Tea.
Selon le chef de la police de l’Assam, N. Ramachandran, M. Dogra était au courant de ces paiements, mais a «volontairement omis d’en informer la police».
Tata Tea a affirmé ne pas avoir financé directement l’ULFA mais a reconnu que les guerilleros avaient pu bénéficier des programmes de santé publique financés par la compagnie.
Ratan Tata, président du groupe Tata Sons et arrière petit-fils du fondateur de la célèbre dynastie de capitaines de l’industrie, aurait rencontré le ministre de l’intérieur Indrajit Gupta pour plaider la cause des dirigeants de sa filiale.
Le numéro deux de l’Etat de l’Assam, V.S. Jafa, a déclaré que «plusieurs compagnies de thé, grandes et petites, payent régulièrement de grosses sommes d’argent aux militants».
«L’arrestation du dirigeant de Tata Tea n’est que la partie émergée de l’iceberg. Nous allons interroger très bientôt d’autres gens et d’autres interpellations ne sont pas exclues», a expliqué un responsable de la police.
Les actions Tata Tea ont fortement baissé à la bourse de Bombay, avant de regagner le terrain perdu. Selon un courtier, le marché a estimé que l’arrestation de M. Dogra n’influerait pas sur la performance de la société. (AFP)
Des producteurs qui paient des guerilleros... C’est en Inde que cela se passe. Dans le petit univers du thé, où l’on trouve «shocking» le scandale. De quoi en avaler de travers sa «cup of tea».


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir