«Au lieu de décentraliser les 3,8% du budget pour les municipalités, il faut décentraliser les 96,2% du total des ressources que gère le gouvernement central», a affirmé le maire de Lima Alberto Andrade, invité du forum, organisé par le Collège des Architectes du Pérou, avec la participation de spécialistes du Chili, d’Argentine et du Mexique, de France et d’Italie.
Le manque cruel de ressources des collectivités locales péruviennes contraste fortement avec les défis à relever dans les prochaines années par des agglomérations urbaines en forte croissance, comme Lima, dont 39,6% des 6,5 millions d’habitants, vivent en dessous du seuil de pauvreté, selon le maire.
Plusieurs intervenants ont cependant souligné les efforts du gouvernement du président Alberto Fujimori, notamment en matière d’irrigation, d’eau potable et d’électrification, laquelle devrait passer de 67% à 75% du territoire national en l’an 2000.
Alors que des responsables de Cordoba (Argentine), ou de l’agglomération de Grenoble (France), ont cité lors de ce forum des exemples concrets d’urbanisme basés sur la coopération locale et la participation des populations, les villes péruviennes sont apparues isolées et démunies, tant sur le plan financier que sur celui du pouvoir de décision.
Le Parlement péruvien doit ainsi réexaminer la semaine prochaine un projet de loi dit «d’habilitation urbaine», vivement dénoncé par Alberto Andrade, le projet réduisant selon lui les pouvoirs des maires des grandes villes en matière d’aménagement et de foncier.
Largement en tête de tous les sondages pour l’élection présidentielle, prévue en l’an 2000, avec plus de 35% d’intentions de vote, contre moins de 20% à l’actuel chef de l’Etat Alberto Fujimori, le maire de la capitale péruvienne s’est lancé dans une véritable croisade contre l’extrême centralisation du pays.
Alors que les ressources fiscales des collectivités locales sont quasi inexistantes, le ministère de la Présidence du Pérou, le tout puissant MIPRE, mobilise 1,5 milliard de dollars, soit plus de 20% du budget de l’Etat prévu en 1998, selon le projet du gouvernement devant être soumis au Parlement.
Le ministère de la Présidence rassemble un grand nombre d’organismes spécialisés et intervient directement dans les municipalités, de manière «électoraliste» selon l’opposition, avec des constructions d’infrastructures ou de logements sociaux. Il mobilise plus de 55% des crédits destinés aux routes et communications, soit plus que le ministère des Transports lui-même.
Prônant la «décentralisation et la démocratisation» du pays, Alberto Andrade a lancé en octobre un mouvement national indépendant, «Somos Pérou» (nous sommes le Pérou), issu du mouvement Somos Lima, qui l’avait porté à la mairie de la capitale en 1995. Son principal adversaire n’était autre que Jaime Yoshiyama, ministre de la Présidence à l’époque. (AFP)


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