Au moment où le processus de paix israélo-arabe est bloqué, certains Palestiniens et Israéliens «ordinaires» continuent, contre vents et marées, à nouer des contacts et à essayer de bâtir la paix au quotidien.
Des éducateurs, des artistes et des travailleurs sociaux, engagés dans les programmes communs pour mieux se connaître et coopérer, admettent que leurs efforts sont, au mieux, difficiles, depuis des mois que le processus d’Oslo est en crise.
Mais ils refusent de laisser les dirigeants politiques, où les kamikazes poseurs de bombes, les arrêter.
«Les gens ont le sentiment que si nous ne le faisons pas, personne ne le fera», explique l’Israélienne Miriam Dagan, qui dirige un programme de formation pédagogique pour la paix auquel participent des instituteurs des deux côtés.
«Ils veulent apporter leur contribution personnelle à la paix même s’il est clair qu’elle ne va pas advenir avec ce simple groupe de 20 personnes», dit-elle.
Une disposition passée, largement inaperçue des accords d’Oslo sur l’autonomie palestinienne, stipulait que les deux parties s’engageaient à «accroître les échanges populaires et l’interaction dans tous les domaines de coopération».
Beaucoup de groupes communs s’étaient alors constitués mais le blocage du processus de paix politique, depuis l’arrivée au pouvoir du premier ministre Benjamin Netanyahu, l’an dernier, a brisé l’élan. Certains groupes n’arrivent même plus à se réunir.
Pièce de théâtre
«Ces activités dépendent des progrès dans d’autres domaines», note Nabhane Khreicha, un membre palestinien du comité de Mme Dagan. «Les contacts populaires dépendent beaucoup de l’ambiance générale. Quand le processus de paix est bloqué, nous sommes aussi bloqués», ajoute-t-il.
Les projets communs, financés notamment par la Norvège et la Belgique, vont d’une production théâtrale bilingue jusqu’à un groupe qui s’occupe de consoler des victimes israéliennes d’attentats à la bombe aussi bien que des victimes palestiniennes des destructions de maisons par Israël.
M. Adi Olshansky, qui étudie l’activité de ces groupes pour le compte du centre Tami Steinmetz pour la paix, de l’université de Tel-Aviv, a enregistré une nette baisse d’activité ces derniers mois.
«Sous le précédent gouvernement travailliste, les groupes essayaient au moins de se réunir. Maintenant, ils sont moins nombreux à le faire», affirme M. Olshansky.
Mme Dagan explique ainsi que son groupe de pédagogues a dû annuler le tiers de ses réunions l’an dernier en raison des blocus imposés régulièrement par Israël aux territoires.
«Il y a toujours des difficultés techniques. Nous ne sommes jamais sûrs que les Palestiniens vont avoir la permission de venir en Israël», dit-elle. C’est pourquoi la plupart des groupes se réunissent généralement dans les territoires.
Les participants, qui sont au total plusieurs centaines de chaque côté, savent qu’ils font figure d’originaux dans leurs sociétés respectives, où ils se heurtent à une longue histoire de conflits, à la peur, à la colère et à la haine.
M. Shaï Schwartz, du théâtre Tzavta de Tel-Aviv, souligne qu’il attend très peu d’Israéliens à la pièce palestino-israélienne qu’il est en train de monter et qui touche de sujets aussi délicats que les attentats-suicide à la bombe et les blocus des territoires.
«Les Israéliens ne veulent pas s’occuper de ses problèmes», explique M. Schwartz. Pour les mêmes raisons, les acteurs palestiniens ne souhaitent pas que la pièce soit jouée dans les territoires, dit-il.
Mais ceux qui arrivent à surmonter les barrières techniques et psychologiques affirment qu’ils continueront leur chemin, avec ou sans le soutien de leurs dirigeants et de leurs populations.
«A long terme, c’est nous qui gagnerons, car nous refusons de renoncer», affirme avec espoir Mme Dagan. (AFP)


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