L’Argentine a fêté mardi un record de longévité démocratique, depuis le début du siècle, avec 5.079 jours consécutifs gérés par des gouvernements constitutionnels, depuis le 10 décembre 1983 et l’élection à la présidence du radical Raul Alfonsin.
Cette stabilité démocratique, soulignent les observateurs, est d’autant plus remarquable que le précédent record du genre remontait à la période entre 1916 et 1930 (5.078 jours). Les autres périodes démocratiques depuis le début du siècle sont plus courtes car on passe en effet des 3.394 jours sous la présidence de Juan Domingo Peron (1946-55) à 1.417 jours entre 1958 et 62, puis 1043 de 1973 à 76 (le retour de Peron) et enfin 948 jours entre 1963 et 66.
Pourtant, pour arriver à imposer la démocratie, au sortir de la plus sanglante dictature militaire de leur histoire, les dirigeants argentins ont notamment dû mater quatre soulèvements militaires, le dernier en date remontant à décembre 1990.
Par ailleurs, ces mêmes dirigeants ont également été confrontés à de nombreux moments de tension au moment des deux sanglants attentats terroristes contre des représentations juives en Argentine et l’attaque d’un commando d’extrême gauche contre un régiment d’infanterie.
Les dirigeants militaires, encore virulents et puissants malgré la cuisante défaite de la guerre des Malouines, ont d’abord été rassurés par les lois dites d’«obéissance» de 1986, permettant de limiter la responsabilité des officiers impliqués dans les barbaries de la dictature. Ensuite, les lois d’amnistie de 1990 ont permis de tourner la page de ce dramatique épisode, les militaires étant ensuite encore plus neutralisés par les importantes coupes sombres sur le plan budgétaire.
Cet apprentissage de la démocratie a également été marqué par une grave crise économique en 1989, l’hyperinflation de l’époque atteignant parfois 190% par mois et débouchant notamment sur des saccages de supermarchés. Le plan de convertibilité (un dollar égale un peso), mis en place en mars 1991 par le ministre de l’Economie Domingo Cavallo et encore en vigueur, a permis de stopper l’hémorragie et est directement à l’origine du miracle et de la stabilité économique.
Enfin, c’est d’une manière tout à fait naturelle, même si cela était pour la première fois de son histoire, que l’Argentine a découvert l’alternance. En 1989, le président radical Raul Alfonsin a été démocratiquement battu et remplacé par le péroniste Carlos Menem, réélu en 1995.
L’Argentine, qui va très vite dans ses découvertes de la démocratie, comme si elle voulait récupérer son retard, a même découvert au début du mois les subtilités de la cohabitation. Au cours des dernières élections législatives partielles, le parti péroniste a en effet perdu la majorité absolue à la Chambre au profit d’une Alliance, regroupant radicaux et centre gauche.
Le prochain rendez-vous démocratique dans cette marche forcée est normalement fixé à 1999 avec les élections présidentielles, avec pour la première fois un président sortant qui, selon la Constitution, n’aura pas le droit de se représenter. (AFP)

