Le symbole de cette mutation sans précédent est sans conteste le barrage des Trois vallées, sur le Yangtzé Kiang, dont l’inauguration est prévue en 2009.
Long de plus de 1,6 kilomètre, ce formidable édifice aura une puissance équivalente à 18 centrales nucléaires.
Le coût officiel du projet est d’environ 30 milliards de dollars, mais on parle en privé de 75 milliards de dollars. Quelle qu’en soit la valeur réelle, le barrage des Trois vallées ne constitue qu’une fraction des dépenses publiques à long terme dans le domaine des infrastructures.
Le budget des grands travaux est estimé à 740 milliards de dollars sur les dix prochaines années par la Banque mondiale — presque l’équivalent du PIB annuel du pays.
Près de 200 milliards de dollars devraient être investis dans le seul secteur de l’énergie, toujours selon les chiffres de la Banque mondiale.
Les autorités de Pékin projettent également la construction de plusieurs aéroports — cinq par an sur les dix prochaines années —, de ports, de lignes de chemins de fer, de ponts, et la mise en place de réseaux téléphoniques et liaisons satellite.
Les planificateurs chinois veulent aussi doter le territoire d’un réseau autoroutier de 35.000 km au XXIe siècle.
A ceux qui la taxent de mégalomanie, la Chine rappelle la stupéfiante réussite de son programme de connexion téléphonique. Il y a tout juste cinq ans, la population chinoise — l,2 million d’âmes — ne disposait que de 15 millions de lignes téléphoniques — une par agglomération urbaine et pratiquement aucune dans les zones rurales.
Afflux d’investisseurs
Aujourd’hui, plus de 100 millions de lignes sont en service et le réseau s’étend à un rythme spectaculaire. La Chine devrait compter 175 millions de lignes d’ici la fin du siècle.
Les statistiques sont également éloquentes dans le domaine de l’énergie. En termes d’infrastructures, la Chine figure désormais à la deuxième place derrière les Etats-Unis.
Selon James Spencer, directeur de Sithe China Holdings, une société impliquée dans le secteur énergétique en Chine, le potentiel dans ce domaine «est encore énorme».
Les banques d’investissement étrangères ne s’y sont pas trompées: de Wall Street à Londres, les sociétés se pressent à Shanghai, capitale financière de la Chine.
Pour mener à bien la grande aventure de la modernisation, la Chine rompt avec l’orthodoxie communiste et se plie à son tour à la loi des marchés financiers.
«Le financement (de ces projets) viendra du secteur privé», note George Plant, chef des opérations au sein de la mission de la Banque mondiale à Pékin.
La Chine compte deux places boursières florissantes — Pékin et Shanghai. Le système des régies se développe avec succès pour les autoroutes et les ponts et Pékin compte l’expérimenter dans les secteurs de l’énergie et de l’hydroélectricité.
Le marché des obligations en est à ses prémices et devrait prospérer dans les années à venir.
Il reste aux banques chinoises à moderniser leurs structures et leur mode de fonctionnement pour attirer les étrangers.
Pour l’instant, les capitaux transitent par Hong Kong. Les investisseurs se ruent littéralement sur les projets de grands travaux chinois, notamment les autoroutes à péage. L’affaire du mois fut l’entrée sur le marché de Hong Kong de China Telecom Ltd, opérateur de téléphones mobiles dans deux provinces chinoises — une manne de près de quatre milliards de dollars.
Le marché des téléphones mobiles en Chine enregistre une croissance annuelle de 150%. (Reuter)


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