Les Britanniques ont trouvé à leur réveil une lettre d Tony Blair dans les deux journaux les plus populaires du pays, le «Sun» et le «Mirror», au lendemain de l’annonce de la position de son gouvernement: pas d’adhésion à l’union monétaire avant 2002, mais oui à l’euro à terme et sur le principe.
«Vous, le peuple britannique, vous prendrez seul la décision finale. Elle est trop importante pour qu’on choisisse une autre voie», affirme le premier ministre en rappelant qu’il a promis un référendum sur la question.
«Nous avons décidé que nous ne sommes simplement pas prêts à rejoindre une monnaie unique. Mais si l’euro fonctionne, et s’il est clair qu’il bénéficie à la Grande-Bretagne, alors le bon sens nous le recommande», ajoute Tony Blair.
Le choix du «Sun» et du «Mirror», qui tirent à eux deux à 6,5 millions d’exemplaires, est révélateur. Tony Blair sait qu’il aura du mal à convaincre une opinion publique toujours hostile à la monnaie unique, et qu’il risque de jouer son second mandat sur ce dossier empoisonné.
Il sait aussi qu’il ne sera pas aidé par la presse populaire. Le «Sun», qui s’est rallié au «Nouveau Labour», mais fait campagne contre l’euro, pavoisait en première page en affirmant que «la livre est sauvée pour cinq ans».
«Wait and see»
Il risque aujourd’hui de ne pas être non plus beaucoup aidé par le reste de la presse. Celle-ci reproche au premier ministre son grand écart entre les attentes contradictoires de son opinion et des milieux économiques qui affichaient une relative satisfaction.
La recherche du compromis s’est traduite selon l’influent «Financial Times» par une nouvelle illustration du «wait and see», cet «attendons et voyons» qui avait précipité la chute du précédent gouvernement conservateur, incapable d’arrêter une position claire.
«Les tests économiques» avancés par le chancelier de l’Echiquier Gordon Brown pour déterminer la date d’adhésion de la Grande-Bretagne «ne sont que du camouflage pour masquer les difficultés politiques du gouvernement», accuse le journal.
Quel «triste exemple de lâcheté politique» lance le «Guardian», pourtant proche des travaillistes, qui se livre à une critique en règle de la «prudence névrotique» du gouvernement.
Rarement depuis son arrivée au pouvoir, Tony Blair, qui continue à surfer sur une vague sans précédent de popularité, n’a eu aussi mauvaise presse. L’opposition conservatrice et les centristes ne lui ont pas ménagé non plus les critiques. «On a remplacé le wait and see par le wait, wait and wait», s’est exclamé le Parti libéral-démocrate. «Le gouvernement joue sur les deux tableaux», ont eu beau jeu d’affirmer les conservateurs.
Le leader du TUC (syndicats) a de son côté accusé le gouvernement de mettre «des emplois en péril» en s’excluant de l’UEM pour cinq ans.
Quant aux marchés financiers, ils sont bien plus préoccupés par le krach mondial de la bourse. Mais pour Mark Miller, analyste chez Morgan Stanley, «la clarification vaut pour le court terme. Nous savons que Londres ne sera pas de la première vague en 1999. Mais l’incertitude demeure pour la suite», estime cet économiste. Il redoute désormais une nouvelle hausse de la livre pouvant nuire à terme aux exportations de la Grande-Bretagne. Le sterling a déjà pris près de 20% face au mark en un an. (AFP)

