La guerre que se livrent les deux plus grosses chaînes de télévision privées brésiliennes pour conquérir l’audience des dimanches après-midi est arrivée au comble du mauvais goût avec la présentation d’un «sushi érotique» où la dégustation de la nourriture japonaise se faisait sur des femmes nues.
Ce duel d’audience entre les fameuses chaînes Globo (la quatrième du monde) et SBT, qui rapporte dans la mesure où il attire les sponsors, a dépassé les limites dimanche dernier et gêné bon nombre de téléspectateurs et autorités qui ont réagi dans la presse.
«Lamentable», a déclaré le porte-parole de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), le progressiste Mgr Ivo Lorscheider, au lendemain de l’exhibition sur la TV Globo de trois femmes dans la tenue d’Eve qui servaient de plateau pour un sushi sashimi.
L’audience du programme, qui dure de 15h à 19h, a grimpé de deux points (qui représentent 80.000 spectateurs chacun) par rapport au concurrent SBT, quand l’un des trois acteurs de télénovelas présents à l’émission a pris avec la bouche le sushi placé sur le mamelon de l’une des femmes, filmée en gros plan et longuement sur toutes les coutures.
«La question est de savoir s’il s’agit d’une dispute pour la suprématie de l’audience ou de la propre dégradation des valeurs», a ajouté Mgr Lorscheider.
«En fait, tout est une question de gros sous», a déploré l’archevêque en précisant que la question serait discutée avec tous les évêques du pays.
L’Eglise brésilienne a déjà protesté à maintes reprises contre les télénovelas, regardées par des millions de téléspectateurs, qu’elle estime de plus en plus «pornos» et «antifamille».
A l’heure du «sushi érotique» de Globo, SBT offrait le programme intitulé «Sentir dans la peau» où son présentateur vedette Gugu Liberato se faisait passer pour un mendiant dans les rues de Sao Paulo. A un moment donné, il a même essayé de louer le bébé d’une vraie mendiante.
Bilan final du duel SBT/Globo: SBT avec son mendiant a battu la «femme-sushi» par 26 points contre 23 selon l’institut de sondage Ibope.
«Il est avilissant pour le genre humain d’exhiber des femmes servant de support à de la nourriture dégustée par trois garçons» s’est exclamé quant à elle la secrétaire à la culture de Rio de Janeiro, Mme Helena Severo.
La polémique sur le programme dominical a gagné les couloirs du Parlement à Brasilia, la capitale du pays.
«Nous nous sommes demandés ce qu’avaient à gagner les émissions de TV avec ça. Le plus drôle est que quand on essaye d’inclure l’orientation sexuelle dans le curriculum scolaire, cela déclenche une véritable levée de boucliers», a affirmé la sénatrice de gauche, Mme Benedita da Silva.
Les programmes du dimanche des TV privées n’en sont pourtant pas à leurs premières armes. Tant à Globo qu’a SBT, nombre de concours du «plus beau derrière» féminin ou masculin, ou d’acteurs et d’actrices de télénovelas semi-nus essayant de s’attraper dans une baignoire remplie de mousse, ont déjà fait partie des programmes.
Cette fois-ci toutefois, Gugu Liberato et son concurrent de Globo, Faustao, ont reconnu avoir «commis des excès» et on promis de «ne pas recommencer». (AFP)


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