Une soixantaine de savants et experts du monde entier, tous des chrétiens, participent au colloque, «Les racines de l’antijudaïsme dans les milieux chrétiens», qui se tiendra à huis clos.
Cette réunion a été voulue par Jean-Paul II, dans la perspective du troisième millénaire, pour marquer un moment de réflexion de l’Eglise catholique sur ses fautes historiques, dont l’antijudaïsme et l’Inquisition.
Mercredi, le quotidien de gauche «Il Manifesto» a consacré un supplément à ce colloque intitulé «La croix de David», écrivant à la une qu’«un acte de repentance n’est pas suffisant pour se laver d’un péché long de 2.000 ans».
Le centre Simon Wiesenthal, basé à Vienne, en Autriche, et spécialisé notamment dans la chasse aux anciens nazis, a demandé à l’occasion du colloque au pape d’ouvrir les archives du Vatican sur le pontificat de Pie XII, accusé par des historiens de «silence» sur les exécutions de juifs.
Le directeur du centre Wiesenthal, Shimon Samuels, a indiqué qu’il avait personnellement fait cette demande au pape mais qu’il n’avait pas eu de réponse.
Le père Remy Hoechman, secrétaire de la commission vaticane pour les rapports avec les juifs, a quant à lui déclaré à M. Samuels que ce thème n’était pas à l’ordre du jour du symposium et qu’il était «hors de question» qu’il puisse être évoqué.
Le séminaire ne sera pas un colloque sur la «shoah», avait prévenu également le père dominicain français Georges Cottier, le théologien personnel du pape, dans un dossier de présentation du colloque.
Le thème de «l’antijudaïsme» a été choisi plutôt que celui de «l’antisémitisme» pour «souligner le lien direct avec la perspective religieuse et non avec celle politique», a indiqué un communiqué du Vatican.
Le père Cottier a également souligné que la seule présence de chrétiens à ce colloque n’«était pas du tout politique», mais «surtout théologique».
Les conclusions de ce symposium sont destinées personnellement à Jean-Paul II, dont on attend un document sur les responsabilités des chrétiens non seulement dans la diffusion de l’antijudaïsme et de l’antisémitisme au cours de l’histoire mais aussi à l’égard des exécutions de juifs.
Le pape avait annoncé ce document le 11 septembre 1987 à la communauté juive américaine, lors d’une visite à Miami.
Le souverain pontife adressera vendredi 31 octobre un discours très attendu aux participants au colloque qui, selon les organisateurs, doit contribuer à «une purification de la mémoire», en faisant d’abord une «œuvre de vérité».
Le 2 octobre, dans l’avion qui le menait à Rio de Janeiro, Jean-Paul II avait été interrogé par des journalistes sur le fait de savoir si le «mea culpa» récent des évêques français face aux persécutions antisémites en France pendant la Seconde Guerre mondiale allait s’étendre à l’ensemble de l’Eglise. Le pape avait répondu en se plaignant du fait que «c’est toujours l’Eglise catholique et le pape qui demandent pardon alors que les autres restent silencieux». (AFP

