«Le ski pro, c’est bien mais en neuf ans, le plaisir disparaît et la routine s’installe». Bernhard Knauss n’est pas skieur à dissimuler son bonheur.
Même son retour manqué en Coupe du monde à Tignes — il ne se qualifie pas pour la seconde manche après son 39e temps du tracé initial — ne lui coupe pas le moral: «Ma technique est au point même si je dois encore me régler. J’ai toutefois manqué d’oxygène».
Le Coupe du monde, le Slovène connaît un peu. C’était au temps où il portait encore les couleurs autrichiennes: «En 88, après cinq ans en équipe nationale, on m’a prié de quitter le groupe. Je connaissais des problèmes d’inflammation au genou. Il me fallait juste du temps pour soigner ce mal mystérieux. On ne me l’a pas donné».
En décembre 1988, la Fédération autrichienne l’engage pour la course de la dernière chance à St-Anton. En méforme, il ne répond pas aux attentes.
Il lui en faut plus pour le stopper dans sa volonté de concourir: «Le lendemain, je vends ma voiture, j’achète un billet d’avion pour les Etats-Unis, direction le circuit pro» se souvient-il avant de continuer, toujours le sourire au fond des yeux: «C’est certainement la meilleure décision de ma vie».
Dès lors, le coureur de Schladming se refait un moral de gagneur. Son appétit de victoires le transforme petit à petit en ogre des parallèles US.
Mais déjà, il pense, au fur et à mesure que son frère Hans Knauss, de six ans son cadet, grimpe dans la hiérarchie mondiale (victoire en Super G à Valloire 96 et Val-d’Isère 97 puis en géant à Alta Badia en 96) à la Coupe du monde sur le vieux continent: «Je donnerais toute mes victoires et mes 1,5 million de dollars pour un succès en Coupe du monde!» lâche-t-il même en boutade.
Un ami du circuit pro, slovène de son état, comprend ce manque et lui propose immédiatement de porter les couleurs de la Slovénie: «C’était lors d’un repas, Tomas Cerkovnik lance l’idée».
Des frissons de débutant
Bernhard le battant la reprend au bond: «OK pour le challenge, lui répond-il, mais il faut que tu te débrouilles pour m’avoir un passeport. Moi, je ne m’en occupe pas!»
Quinze jours plus tard, le précieux papier officiel arrive, Bernhard Knauss s’empresse d’aller le chercher à Ljubljana.
Un été plus loin, il se retrouve au Chili en stage avec l’équipe: «J’ai senti que j’avais les moyens d’être dans le coup après les chronos réalisés avec Jure Kosir et Mitja Kunc».
Prolongement logique de cet entraînement estival réussi, il est question d’un retour sur le circuit amateur. La tentative avorte après le veto de sa marque de ski autrichienne. Il repart pour une saison sur le «pro-tour». Lors de l’hiver 96, il décroche son cinquième titre.
L’envie de retrouver la Coupe du monde refait surface. Elle est tellement forte qu’il rompt son contrat avec sa marque, levant du même coup le veto. Il peut se lancer dans son formidable pari: après neuf saisons de professionnel et à 32 ans, retrouver le plus haut niveau «amateur», non sans quelques frissons de «débutant».
Mais justement, n’est-ce pas trop difficile de courir pour un autre pays que le sien? «Non, no problem, je suis européen», dit-il dans un nouveau et large sourire.


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