En ouvrant les travaux de la commission judiciaire du Sénat de Californie, le sénateur John Burton a souligné qu’il n’avait pas l’intention de «dire (à l’industrie du cinéma) ce qu’elle devait ou ne devait pas faire». Tout au plus, souhaite-t-il «mettre au défi des talents créateurs de faire face à la situation».
Selon plusieurs récentes études, la cigarette est de retour sur les grands écrans. Après avoir diminué depuis les années 60 et atteint un minimum dans les années 80, la consommation de tabac dans les films s’est rapidement accrue dans les années 90. Dans le même temps, les jeunes Américains, en dépit de toutes les campagnes antitabac, sont de plus en plus nombreux à fumer.
Stanton Glantz, professeur de médecine à l’université de Californie à San Francisco, a souligné que dans les films des années 90, 57% des principaux personnages fument des cigarettes et de plus en plus le cigare. Entre 1991 et 1996, selon ses travaux, 80% des premiers rôles masculins étaient des fumeurs, tout comme 27% des premiers rôles féminins.
«A une époque où l’industrie du tabac trouve la publicité traditionnelle soumise à de plus en plus de restrictions, l’usage du tabac au cinéma est un outil important pour promouvoir et renforcer la consommation de tabac, surtout auprès des jeunes, qui constituent l’essentiel du public des films populaires», a estimé M. Glantz.
Fruit défendu
Selon une étude de l’université du Michigan, le pourcentage de fumeurs parmi les adolescents âgés de 13 et 14 ans est passé de 14 en 1991 à 21 à 1996. Parmi ceux ayant 15 et 16 ans, l’augmentation est de 21 à 30% et parmi les 17-18 ans, 34% d’entre eux fumaient en 1996 au lieu de 28 cinq ans auparavant.
Pour Connie Pechman, de l’université de Californie à Irvine, Hollywood, en présentant le fait de «fumer comme un fruit défendu», a sa part de responsabilité dans cet accroissement et l’image du tabac au cinéma «encourage définitivement les jeunes à fumer».
Mme Pechman a notamment étudié un film de 1994 qui visait essentiellement une audience de jeunes, «Reality Bites». Ses deux principaux acteurs, Wynona Ryder et Ethan Hawke, particulièrement célèbres parmi les jeunes Américains, fument dans 14 scènes sur 40.
«Les jeunes qui voient ce film, et d’autres similaires, (…) voient une image fausse, dans laquelle fumer est intelligent, sexy, même vertueux, a déclaré Connie Pechman. Hollywood a accepté de renoncer à la nudité dans les films destinés aux jeunes. Pourquoi ne pas en faire autant avec le tabac?»
Les représentants de l’industrie du spectacle sont extrêmement réticents face à toute mesure de ce genre, soulignant le risque d’atteinte à la liberté artistique. «Ce serait une terrible erreur pour le gouvernement, à quelque niveau que cela soit, de tenter d’imposer de nouvelles restrictions», a affirmé le président de la Guilde des metteurs en scène, Jack Shea.
«Nous ne ferons pas l’avocat d’une élimination du tabac au cinéma ou à la télévision. Nous espérons simplement encourager une description plus réaliste», a renchéri le président de la Guilde des acteurs, Richard Masur, soulignant qu’il était «parfois nécessaire pour la narration d’une histoire qu’un personnage fume».
Et Jack Shea a ajouté que si quelqu’un réalisait un jour un film sur le président cubain Fidel Castro, il était «assez probable» que le metteur en scène le présenterait comme «un fumeur de cigare» (AFP)


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