En Inde, «plus de 10% des 800.000 salariés du diamant sont des enfants», a affirmé Simon Steyne, représentant du Trade Union Congress (TUC) britannique, lors d’une conférence de presse.
Les diamants bruts sont extraits dans 19 pays (Angola, Namibie, Afrique du Sud, Zaïre, Russie, Zimbabwe, Australie), mais quatre villes exercent un quasi monopole de la taille et du commerce des pierres: Anvers, New York, Mumbai (ex-Bombay) et Ramat Gan (Israël), indique une enquête de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), publiée à Bruxelles et Oslo.
Principal pays concerné, l’Inde concentre cette activité dans les villes de Mumbai et Surat, et en retire 17% de ses exportations totales. Un succès qui repose sur le faible coût de la main-d’œuvre, notamment enfantine, accusent les syndicats.
La CISL a saisi la principale multinationale du secteur, De Beers, et la firme Rio Tinto Ltd, autre grand fournisseur.
De Beers a certes reconnu l’existence d’enfants ouvriers en Inde, mais a répondu n’être pas concernée, a indiqué Tim Noonan, de la CISL. Pourtant, estime-t-il, 7% des diamants portés dans le monde sont passés par des mains d’enfants.
Plutôt des adultes…
Disséminés dans de petits ateliers de moins de 50 ouvriers (pour échapper aux taxes) ils effectuent des tâches très dangereuses, a expliqué Josef Hoymans, secrétaire général de l’Alliance universelle des ouvriers diamantaires.
Le contact des pierres avec le cobalt des disques de polissage envoie des éclats dans la peau, les yeux et les poumons, provoquant infections et cancers. Beaucoup d’enfants, ajoute-t-il, passent tout leur temps dans l’atelier, y compris pour dormir et manger.
Au terme de deux ans d’apprentissage — sans salaire — les enfants travaillent douze heures par jour, pour gagner l’équivalent d’environ 150 francs français par mois, contre 350 francs pour un adulte.
Pour la CISL, «il faut que les employeurs acceptent de s’asseoir à une table» avec les syndicats et les autorités, pour adopter un code de conduite, et «respecter les lois».
«Remplacer les enfants par des salariés adultes ne coûterait pas plus de un à deux % des profits de De Beers», affirme Simon Steyne. Cette firme, qui a dépensé 200 millions de dollars en budget publicitaire cette année, «devrait penser à son image», ajoute Tim Noonan.
La CISL va plus loin, et estime que les multinationales, qui ont accru leurs profits en employant cette main-d’œuvre peu chère, doivent maintenant «payer» la scolarisation et la réinsertion sociale de ces enfants.
Mais, ajoute Josef Hoymans, même si l’action syndicale porte un jour ses fruits en Inde, les multinationales pourront toujours compter sur d’autres pays: déjà, indique-t-il, «la taille se délocalise en Chine. Et on ne sait pas encore ce qui se passe là-bas». (AFP)

