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Actualités - Conferences Et Seminaires

Russie : sept ans de moins en trois décennies

Alors que la Chine s’efforce de stabiliser sa population à 1,6 milliard d’habitants au siècle prochain, la Russie est confrontée à une baisse de l’espérance de vie, inédite en temps de paix dans l’histoire, ont relevé les experts réunis à Pékin pour le 23e congrès général de la population.
En trois décennies, l’espérance de vie des hommes russes a perdu sept années, passant de 64,5 ans en 1965 à 57,8 ans en 1994. Dans le même temps, elle gagnait plus de six ans en France, relève France Meslé, de l’Institut national d’études démographiques (INED) de Paris.
La situation russe s’est propagée aux pays de l’ex-bloc soviétique. L’espérance de vie a perdu de 1965 à 1994 six ans en Pologne et neuf ans en Hongrie, a-t-elle indiqué dans un exposé lors des travaux de l’Union internationale pour l’étude scientifique de la population (UIESP).
«La corrélation est très forte avec la consommation d’alcool», explique Mme Meslé. Lorsque l’ancien numéro un soviétique Mikhaïl Gorbatchev a déclaré la guerre à la vodka en 1985, l’espérance de vie s’est immédiatement redressée en Russie et en Ukraine grâce à la forte baisse de la mortalité d’origine violente (accidents, suicides, homicides).
Avec l’abandon de la lutte contre l’alcoolisme en 1987, l’espérance de vie a repris sa chute, accélérée dans les années 1993-1994 par la dégradation de l’état sanitaire du pays, consécutive à la difficile transition du communisme à l’économie de marché.
«Mais la crise des années 1989-1994 apparaît finalement comme un détail en regard de la dégradation constante de l’espérance de vie depuis trente ans», selon Mme Meslé.
A partir de 1965, l’ex-URSS «a sacrifié le beurre aux canons», rationnant les produits alimentaires destinés à la population pour tenter de maintenir la parité militaire avec l’Occident, explique Mr. Field, de l’université Harvard (Etats-Unis).
La baisse de l’espérance de vie en Russie est unique en temps de paix, mais pour M. Field, la «troisième guerre mondiale», la guerre froide, a bien eu lieu sur les plans politique, économique et idéologique, et l’URSS l’a perdue. Ses héritiers doivent aujourd’hui «gérer les répercussions d’un conflit perdu», à l’instar de la République de Weimar.

Enfant unique

Comme l’Allemagne de l’après-1918, la Russie se retrouve confrontée à «la perte du prestige national et à la perte d’un empire, ce qui conduit au découragement de la population». Son «stress» actuel est l’un des principaux facteurs du recul de l’espérance de vie, selon M. Field, pour qui améliorer l’état du système de soins ne reviendrait qu’à «appliquer un cautère sur une jambe de bois».
Facteur aggravant, la baisse continue de la fécondité en Russie s’accompagne d’une proportion toujours importante d’avortements, souligne Jacques Veron, de l’INED.
Par contraste, la Chine a engagé au début des années 1980 la politique de l’enfant unique pour tenter de stopper la croissance de sa population, de 1,22 milliard d’habitants aujourd’hui, à 1,3 milliard au début du XXIe siècle. Le taux de fécondité (nombre d’enfants par femme en âge de procréer) est ainsi tombé de 6% à la fin des années 1960 à 2,2% au début des années 1990.
Cette politique s’est appuyée sur «un haut niveau d’utilisation des moyens contraceptifs et sur la mise à disposition et la promotion de l’interruption des grossesses non désirées», relève Joan Kaufmann, de la Fondation Ford à Pékin.
Selon elle, le recours à la contraception «est presque universel en Chine parmi les femmes mariées en âge de procréer». En revanche, «il existe d’importants besoins contraceptifs chez les jeunes non mariés, de plus en plus actifs sexuellement dans les zones urbaines».
Pour Mme Kaufman, si la pratique légale de l’avortement peut être considérée comme médicalement «sûre», même dans les régions les plus reculées du pays, «le recours croissant à l’avortement par les jeunes citadines doit signaler clairement aux responsables politiques que les jeunes (…) ont un urgent besoin de contraceptifs et d’information sur la santé sexuelle».
La Chine est régulièrement accusée par des organisations de défense des droits de l’homme de pratiquer des avortements et des stérilisations forcés dans certaines régions. (AFP)
Alors que la Chine s’efforce de stabiliser sa population à 1,6 milliard d’habitants au siècle prochain, la Russie est confrontée à une baisse de l’espérance de vie, inédite en temps de paix dans l’histoire, ont relevé les experts réunis à Pékin pour le 23e congrès général de la population.En trois décennies, l’espérance de vie des hommes russes a perdu sept années, passant de 64,5 ans en 1965 à 57,8 ans en 1994. Dans le même temps, elle gagnait plus de six ans en France, relève France Meslé, de l’Institut national d’études démographiques (INED) de Paris.La situation russe s’est propagée aux pays de l’ex-bloc soviétique. L’espérance de vie a perdu de 1965 à 1994 six ans en Pologne et neuf ans en Hongrie, a-t-elle indiqué dans un exposé lors des travaux de l’Union internationale pour...