A Genève, les morts coûtaient trop cher.
Pour réduire sa dette, la municipalité a décidé d’économiser sur les funérailles dont elle assurait, depuis le tournant du siècle, la gratuité à tous ses habitants et même au-delà.
La tradition voulait que les citoyens de l’austère cité calviniste soient égaux devant la mort et que les plus déshérités aient droit à des obsèques décentes au même titre que les millionnaires qui font sa réputation.
Depuis une décision du conseil municipal du 1er octobre, ce n’est plus vrai.
Seuls les résidents de Genève ont désormais droit à des obsèques sans frais.
En ont été exclus tous ceux qui pouvaient profiter des largesses funéraires de la ville bien que sans y habiter: personnes nées à Genève, propriétaires immobiliers, titulaires de la citoyenneté de Genève, puisque chaque Suisse doit être citoyen d’une commune de la Confédération pour avoir droit au passeport à croix blanche.
Genève rejoint ainsi le rang de la plupart des grandes villes suisses qui proposent des obsèques gratuites (quoique simples) à leurs habitants.
La logique veut que les résidents qui payent des impôts locaux peuvent bénéficier de la gratuité des obsèques au titre des services sociaux.
«A Genève, une décision politique a été prise pour des raisons d’économie», déclare Jean-Claude Schaulin, chef du service des pompes funèbres municipales.
De ces restrictions, la ville attend une baisse d’environ un tiers des bénéficiaires des obsèques gratuites, soit 3-400 personnes par an, et une réduction des dépenses d’au moins 350.000 FS (230.000 dollars), dit-il.
Quand on sait que la dette de la municipalité atteint 60 millions de FS annuels (40 millions de dollars), cela paraît peu et, à vrai dire, mesquin.
«A force d’être dans le rouge, on s’attaque à tous les domaines», déclare le directeur de la principale entreprise de pompes funèbres privée de Genève, Jean Murith.
«Lamentable»
M. Murith, dont la société est présente à Genève depuis110 ans, ne se plaint pourtant pas d’une mesure qui entre en vigueur après avoir été discutée pendant un quart de siècle.
Car les plus démunis n’étaient pas les seuls à profiter de la générosité de la ville. Genève payait ainsi pour des habitants de ses banlieues chics du bord du lac, qui accueillent d’immenses fortunes dans des villas bourgeoises entourées de jardins et de parcs.
«C’est lamentable de vouloir épargner quelques sous quand on enterre ses parents», critique M. Murith.
«On dit que c’est à la manière dont on enterre ses défunts que se révèle l’âme d’une société», ajoute-t-il, en se réjouissant de pouvoir conquérir de nouvelles parts de marché.
Certains ont abusé d’un service qui, à l’origine, voulait réduire les inégalités sociales. Au début du siècle, les obsèques allaient du«hors classe», avec carrosse tiré par six ou huit chevaux à la cinquième classe, où la prestation se réduisait à une simple charrette, rappelle M. Murith.
Les vrais habitants de Genève, eux, conservent la possibilité d’obsèques gratuites, quelle que soit leur richesse.
La municipalité offre le cercueil, la mise en bière, le dépôt éventuel en chambre mortuaire, le transfert vers un lieu de culte et l’un des quatre cimetières de la ville, les porteurs, l’inhumation ou la crémation, la fourniture d’une urne funéraire et sa mise en terre si la famille le souhaite.
Le service assuré est complet, mais simple. Si les proches souhaitent plus d’éclat et de personnalisation, ils peuvent s’adresser à une société privée. Ils renoncent alors entièrement au cadeau de la ville.
Jusqu’à présent, personne ne s’est plaint des restrictions, dit M. Schaulin des pompes funèbres municipales. (AFP)


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