Au lendemain de son arrivée à Téhéran, pour sa première visite officielle depuis son arrivée au pouvoir, en 1992, le chef du gouvernement Rafic Hariri a pu entendre hier de la bouche du nouveau président iranien Mohammad Khatami des propos quelque peu rassurants.
A l’issue d’un entretien de quarante minutes, M. Khatami a en effet déclaré que le souhait de la République islamique était de voir le peuple libanais «être solidaire d’un gouvernement uni et capable, dirigeant toutes les affaires libanaises».
Il a ajouté que l’Iran continuerait pour sa part à être «solidaire du Liban et de son gouvernement pour la libération de son territoire et la reconstruction» du pays.
Le chef de l’Etat iranien répondait à une question d’un journaliste sur le point de savoir si Téhéran allait désormais mettre fin à sa politique consistant à traiter directement avec les organisations et les formations libanaises qui lui sont proches, c’est-à-dire, principalement le Hezbollah, sans passer par l’Etat.
Ce comportement a suscité à diverses reprises ces dernières années des frictions et parfois même des brouilles entre les deux pays.
Certes, M. Khatami n’a pas répondu directement à la question qui lui a été posée, mais son clin d’oeil à l’égard du gouvernement libanais ne pouvait pas échapper à M. Hariri.
«Nous voulons que le Liban soit un Etat indépendant et fort et que toutes ses communautés et ethnies vivent en harmonie et en paix les unes aux côtés des autres», a également déclaré le président iranien, cité par les dépêches d’agences.
Il a affirmé que son entretien avec M. Hariri était «bon et positif» et souhaité que sa visite en Iran «débouche sur des relations fraternelles et solides».
Estimant que «le régime sioniste est la principale source de tension et d’instabilité au Proche-Orient», il a souligné que le Liban «se défend et résiste à ce régime au nom de tous les Arabes et des musulmans».
M. Khatami a enfin émis l’espoir que le prochain sommet de l’Organisation de la conférence islamique, prévu en décembre à Téhéran, «se penchera sur les problèmes libanais».
«Franchise et respect»
De son côté, M. Hariri, cité par des membres de sa délégation, a indiqué que le Liban «souhaite l’établissement de relations meilleures avec la République islamique, basées sur la franchise et le respect mutuel pour la souveraineté et l’indépendance de chacun des deux pays». Une façon bien claire pour le premier ministre de déplorer que jusqu’ici, les rapports entre les deux pays n’étaient pas fondés sur ces principes.
Il s’agissait d’ailleurs de la deuxième référence de M. Hariri à la notion de «respect mutuel» en deux jours. Il avait déjà évoqué ce principe dès son arrivée samedi à Téhéran pour une visite officielle de quatre jours, la première d’un chef du gouvernement libanais en Iran depuis 1974, lorsque le premier ministre d’alors, Takieddine Solh, visita l’Iran du Chah.
Accompagné d’une importante délégation, comprenant notamment les ministres Michel Eddé (ministre d’Etat), Fouad Siniora (Finances), Omar Meskaoui (Transports), Bassem Sabeh (Information), Yassine Jaber (Economie) et Béchara Merhej (Réforme administrative) et le président du Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) Nabil Jisr, M. Hariri a été accueilli à l’aéroport de Mehrabad par le vice-président iranien Hassan Habibi.
Interrogé par la presse à l’aéroport, le premier ministre a indiqué que sa visite avait deux objectifs: «consolider les relations entre les deux Etats sur la base du respect mutuel et renforcer les liens économiques» bilatéraux.
Pressé de questions sur le rôle que pourrait jouer le Liban dans l’amélioration des relations entre Téhéran et les pays arabes, ainsi que sur une éventuelle riposte à la coopération militaire israélo-turque, M. Hariri a cherché manifestement à éviter de trop s’engager, répétant à plusieurs reprises que le Liban était «un pays modeste» et «de petite dimension» et qu’il n’avait «pas intérêt à entrer dans des systèmes d’alliance».
Réitérant les positions officielles libanaises au sujet du retrait d’Israël du Liban-Sud, le chef du gouvernement a indiqué que le Liban rejetait les conditions israéliennes d’arrangement de sécurité «car il refuse de se retrouver dans la situation de l’Autorité palestinienne que l’Etat hébreu rend responsable d’attentats qui surviennent en territoire pourtant contrôlé par lui-même».
«C’est Israël qui est responsable de sa sécurité. S’il décidait de se retirer sans condition du Liban-Sud, nous en serions satisfaits», a-t-il ajouté.
Les relations économiques
Samedi soir, MM. Hariri et Habibi se sont rencontrés et ont présidé une réunion consacrée aux «moyens de développer la coopération bilatérale ainsi qu’à des questions régionales et internationales», a rapporté l’agence officielle IRNA.
Lors de ces entretiens, M. Hariri s’est prononcé en faveur d’une «plus grande coopération» entre les deux pays «dans divers domaines économiques» et que le Liban souhaitait «profiter pour sa reconstruction de l’expérience et du soutien de l’Iran».
Il a ajouté que les deux gouvernements pouvaient «coopérer dans le cadre des joint-ventures, ainsi que dans les domaines pétroliers, des transports et de la douane».
De son côté, M. Habibi a rendu hommage à «la position juste du gouvernement» libanais sur «divers sujets régionaux». Egalement cité par IRNA, M. Habibi a émis le souhait que «le peuple libanais réussisse dans la lutte contre l’occupant israélien».
A la suite de sa rencontre, hier, avec le président iranien, M. Hariri s’est rendu à Ispahan, la cité historique royale de l’ancienne Perse, située aujourd’hui au milieu d’une importante zone industrielle dans le centre du pays.
Selon son programme officiel, M. Hariri doit visiter aujourd’hui lundi la raffinerie de Téhéran et le musée du tapis, avant d’avoir dans l’après-midi un second entretien avec M. Habibi.
Il doit rencontrer demain mardi l’ancien président Ali Akbar Hachémi-Rafsandjani, et avant de quitter l’Iran, être reçu par le guide de la République Ali Khamenei.
La visite de M. Hariri intervient à la suite de séjours en Iran du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah et du président du Parlement M. Nabih Berry.


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