Leur moyenne mensuelle est en effet tombée à 4,7 cette année, contre 5,6 en 1996 et 8,8 en 1995, selon les chiffres officiels.
Mais le dernier enlèvement en date, celui de la directrice financière de la maison d’édition Record, Mme Sonia Machado, il y a moins d’une semaine, a semé grand émoi dans une couche de la population relativement épargnée jusqu’alors, celle des intellectuels.
Trois jours avant Mme Machado, c’est une autre femme, Rosane Manela, fille d’un industriel du secteur de la lingerie qui avait été séquestrée, elle aussi à la sortie de son travail.
Jusqu’à présent, les enlèvements touchaient essentiellement les industriels et les négociants.
A ce jour, huit personnes (dont deux femmes) sont encore maintenues en captivité, certaines depuis plus de deux mois, a indiqué un porte-parole de la police civile, M. Luiz Luiz (bien Luiz Luiz).
Une troisième femme, Elena Gomes, fille d’un commerçant, a été libérée contre rançon par ses ravisseurs mardi après 70 jours de détention. La famille a versé l’argent dimanche soir. Le montant n’a pas été révélé et la police ne sait pas combien a été versé aux ravisseurs.
Mme Gomes avait été enlevée le 26 août dernier au soir, à la sortie du restaurant que possède son père dans la zone nord de Rio. Un groupe d’hommes armés l’ont obligée à abandonner sa voiture à l’arrière de laquelle se trouvait son bébé d’un mois à peine.
«Pure coïncidence que ce soit des femmes», a déclaré M. Luiz Luiz en précisant que «le bandit qui se prête à ce genre de services s’inquiète peu de savoir s’il s’agit d’une femme ou d’un homme».
Selon lui, les «cariocas n’ont pas plus peur qu’avant et la répercussion dans la presse du rapt de Mme Machado de la Record montre combien les médias sont élitistes».
L’impuissance de la DAS
«Quand il s’agit d’un commerçant de la zone nord, la presse fait beaucoup moins de bruit», a-t-il relevé.
Cependant, l’enlèvement de Mme Machado et sa répercussion jusqu’à la Biennale du Livre à Francfort (Allemagne) a déjà provoqué des remous au sein de la police et notamment à la tête de la Division anti-Séquestre (DAS) de Rio, chargée d’enquêter sur ce type de crimes.
Son directeur a été remplacé et le secrétaire à la Sécurité publique de Rio, le général Niton Cerqueira, a annoncé mercredi que la DAS serait «restructurée», une mesure maintes fois pratiquée par le passé pour masquer ou les incompétences ou les complicités avec le milieu.
Considérée comme peu efficace, la DAS est souvent maintenue à l’écart par les familles des victimes pendant les négociations avec les ravisseurs et il y a quelques années, sous la gestion de Helio Vigio, surnommé «Super Rambo», elle était arrivée à organiser elle-même les enlèvements.
Dans un article récent, le quotidien de Rio, Jornal do Brasil, a affirmé que «les enlèvements coûtent très cher à l’Etat de Rio».
Selon un directeur de la Fondation Getulio Vargas, M. Ib Teixeira, le seul paiement des rançons fait perdre chaque année «plus de 500 millions de USD aux industriels locaux, soit 1% du PIB de l’Etat de Rio». «C’est autant d’argent qui n’est pas investi», relève-t-il.
Selon le Jornal do Brasil, l’Association commerciale de Rio a calculé que depuis 1990 quelque 200 hommes d’affaires et environ 10% des cadres des secteurs financiers ont quitté Rio.
Ces statistiques ne devront pas faciliter la tâche des dirigeants et industriels de l’Etat de Rio qui cette semaine tenteront de démontrer aux industriels français que «Rio n’est pas seulement le carnaval, la plage et le football» mais aussi et surtout un «Etat de la Fédération tourné vers la production multiple».
«A Paris, nous allons essayer de faire tomber ces clichés et montrer aux industriels français pourquoi Peugeot-Citroën a décidé de s’implanter à Rio», a déclaré le président de la FIRJAN, M. Eduardo Gouvea Vieira en précisant que les projets d’investissements dans l’Etat atteignent aujourd’hui 31,1 milliards de dollars.
M. Vieria devra les persuader que Rio n’est pas non plus la capitale des enlèvements. Il pourra en parler en connaissance de cause. Son jeune fils a été enlevé il y a deux ans par un gang carioca. (AFP)

