Les responsables de la toute jeune Région administrative spéciale (RAS) de la République populaire de Chine, du chef de l’Exécutif Tung Chee-hwa au patron de la Hong Kong Monetary Authority (HKMA) Joseph Yam, ont affirmé leur détermination sans faille à défendre un système de change fixe qui a si bien servi le territoire depuis sa mise en place, il y a quatorze ans ce mois-ci.
Jeudi soir, au terme d’une folle journée sur les marchés financiers, la majorité des analystes pariait encore sur le mantien du «peg», au moins à court terme, mais ils insistaient sur le coût de l’opération pour l’économie de Hong Kong.
«Que se passerait-il si le lien fixe sautait? Ce serait le chaos», estime Daniel Hemmant, représentant à Hong Kong du grand gestionnaire de fonds international Guinness Flight.
«Je pense qu’ils vont essayer de tenir le choc, il y a une possibilité qu’ils cèdent et changent le système, mais pas sous la pression», estime Philipp Moffitt, vice-président de Tokai Asia Limited, une filiale de la grande banque japonaise. Jeudi, il évaluait à 50/50 les chances du lien fixe de survivre à la crise.
Pour Paul Schulte, le patron de la recherche asiatique chez ING-Barings, il y a eu dans le passé de nombreuses attaques spéculatives infructueuses contre le dollar de Hong Kong.
«La différence cette fois-ci, c’est que le baht thaïlandais, le ringgit malaisien, la roupie indonésienne, le peso philippin, le won coréen et même le nouveau dollar de Taiwan ont décroché. A l’exception du renminbi chinois (non convertible), toutes les monnaies asiatiques ont sauté et cela conduit les gens à réévaluer la situation de Hong Kong», explique-t-il.
Et contrairement à ce qu’ont répété à l’unisson les dirigeants de Hong Kong jeudi, cette situation n’est fondamentalement pas bonne, estime John Reynolds, le chef de la recherche globale chez ING-Barings.
Ajustement
«Les spéculateurs attaquent là où les données fondamentales sont faibles», explique-t-il. Et la faiblesse majeure de Hong Kong, ce sont les prix des actifs, notamment immobiliers, parvenus à des records mondiaux et qui pèsent lourdement sur la compétitivité du territoire. En clair, vivre et travailler à Hong Kong n’était déjà pas bon marché, mais comparativement au reste de l’Asie, le coût devient exorbitant.
«Le monde des affaires a répété qu’il devait y avoir un ajustement des prix et c’est ce que le marché est en train de dire», explique Paul Schulte. «L’ajustement devra se faire d’une manière ou d’une autre», dit-il.
Si ce n’est pas par le biais d’une dévaluation de la monnaie, ce sera via une correction massive sur les prix des actifs. «Hong Kong n’est pas particulièrement cher, mais l’immobilier de Hong Kong est cher. L’ajustement va s’effectuer sur le marché intérieur», dit Daniel Hemmant.
En ce qui concerne les actifs financiers, l’affaire est bien avancée après la journée noire à la Bourse de Hong Kong. L’indice Hang Seng a connu jeudi une chute supérieure à 10 pour cent, enfonçant même temporairement le seuil de résistance des 10.000 points.
En moins de trois semaines, la correction atteint 5.000 points, soit l’évaporation de dizaines de milliards de dollars US, avec un «effet richesse négatif» qui pèsera inévitablement sur l’activité économique, annonce Paul Schulte.
L’autre facteur pénalisant est la hausse du coût de l’argent. Pour défendre le dollar de Hong Kong et «punir» les spéculateurs, la HKMA a asséché la liquidité jeudi. Les taux interbancaires se sont envolés, le jour montant jusqu’à 300 pour cent.
La conséquence pratique pour les entreprises et les ménages est la hausse de 0,75% du taux de base bancaire, à 9,50%, annoncée par les principales banques de Hong Kong. L’impact sera particulièrement sévère pour les acheteurs de logement endettés à taux variable. (AFP)


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