M. Jiang est attendu dimanche à Hawaii, première étape d’une tournée de huit jours dont le point d’orgue sera un sommet à la Maison-Blanche le 29 octobre avec M. Clinton.
Durant la campagne électorale de 1992, le démocrate Bill Clinton, désireux de faire de la surenchère par rapport au président républicain sortant George Bush, l’avait accusé de faiblesse vis-à-vis de dirigeants de Pékin et de «choyer les dictateurs».
Le massacre des centaines de manifestants pro-démocratie par l’armée sur la place Tiananmen, en juin 1989, était encore dans tous les esprits aux Etats-Unis, où un courant de plus en plus actif exigeait que les Etats-Unis fassent du respect des droits de l’homme le facteur déterminant des relations entre les deux pays. M. Clinton était de ceux-là.
Dès son arrivée au pouvoir, il prit une mesure qu’il regrette maintenant: lier le maintien à la Chine de la clause dite de la nation la plus favorisée (MFN), qui permet aux produits chinois de bénéficier sur le marché américain des mêmes droits de douane modérés que ceux de presque tous les autres pays du monde, à une amélioration de la situation des droits de l’homme en Chine.
L’épreuve de force devait s’achever par une déroute pour M. Clinton, la Chine refusant de céder sur une question qu’elle considère comme touchant à sa souveraineté.
Au printemps 1994, alors que la date approchait pour le renouvellement de la MFN, le secrétaire d’Etat américain de l’époque, Warren Christopher, était allé à Pékin dans l’espoir d’arracher quelques concessions aux Chinois. Il fut éconduit sans ménagement.
M. Clinton aurai dû, logiquement, révoquer la MFN. Mais c’était sans compter avec les pressions des milieux d’affaires américains, qui misent beaucoup sur le marché chinois et auraient été les premières victimes d’une guerre commerciale entre les deux pays.
Entre l’enclume
et le marteau
Pris entre sa promesse et l’attrait qu’exerce le marché chinois, M. Clinton devait finalement se déjuger et accepter de renouveler la MFN, bien que Pékin n’ait pas fait la moindre concession.
Cette période d’hostilité s’était prolongée et même intensifiée en 1995, en raison de l’octroi par Washington d’un visa au président taïwanais Lee Teng-hui, dont le pays est considéré par Pékin comme une simple province de la Chine.
La crise devait se prolonger jusqu’en mars 1996 et la première élection présidentielle démocratique à Taïwan, à l’occasion de laquelle M. Clinton dépêcha deux porte-avions en mer de Chine.
Cet affrontement quasi ouvert fut un tournant, M. Clinton décidant alors de changer de tactique et de renoncer à conditionner l’ensemble des relations aux droits de l’homme ou à un thème quelconque.
Lors de leur rencontre de novembre dernier à Manille, MM. Clinton et Jiang s’étaient ainsi mis d’accord pour refermer cette page noire des relations bilatérales et avaient décidé d’un échange de visites officielles. M. Clinton devrait aller à Pékin l’an prochain.
Il n’a pas caché depuis qu’il aimerait supprimer le lien entre renouvellement de la MFN et droits de l’homme. Mais le Congrès, contrôlé par l’opposition républicaine, s’y oppose.
En moins de quatre ans, la politique chinoise de M. Clinton, née de son opposition à M. Bush, est ainsi passée de la confrontation à la coopération, voire, selon ses détracteurs, à l’apaisement.
Ces changements «reflètent surtout l’éducation embarrassante qu’il (M. Clinton) a dû subir en tant que président», affirme Rick Fisher, expert de l’Asie à la Heritage Foundation, un institut de recherche conservateur de Washington. (AFP)


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