Longtemps considéré comme un homme de transition parvenu au sommet à la faveur des purges politiques de 1989, M. Jiang, 71 ans, compte également sur cette visite, la première d’un chef d’Etat chinois depuis douze ans, pour s’affirmer aux yeux du monde entier comme le successeur en titre du patriarche Deng Xiaoping, décédé en février.
«Cette année sera celle du triple couronnement pour Jiang Zemin», a estimé un haut diplomate américain à Pékin.
Après avoir savouré son triomphe lors des cérémonies de rétrocession de Hong Kong à la Chine, en juillet, et obtenu la consécration de ses pairs lors du récent XVe congrès du Parti communiste chinois, il ne reste plus au numéro un chinois qu’à réussir sa rencontre au sommet avec le président Bill Clinton le 29 octobre à Washington.
«Cette visite montre que la Chine et les Etats-Unis ont décidé de mettre un terme à une situation de relations chaotiques et d’inaugurer une nouvelle phase», a déclaré un responsable chinois, sous couvert de l’anonymat.
«Le peuple chinois est confiant, et brandit bien haut la bannière de la réforme et de l’ouverture», a-t-il ajouté.
Mais la traversée risque d’être mouvementée.
L’image de la Chine à l’étranger reste encore ternie par le massacre de la place Tiananmen en juin 1989 et par ses antécédents en matière de droits de l’homme. Six groupes ont déjà déposé des demandes pour pouvoir manifester le 29 octobre à Washington pendant le sommet.
L’excédent massif de la balance commerciale sino-américaine en faveur de Pékin et les inquiétudes de l’administration américaine à l’égard de transferts de technologie nucléaire à l’Iran pèsent également lourd sur les relations entre les deux pays.
Vu de Pékin, les sanctions américaines sur la vente de matériel nucléaire à la Chine et la question épineuse de Taïwan constituent des obstacles majeurs.
L’île de Taïwan s’est séparée de facto du continent en 1949, à la fin de la guerre civile entre communistes et nationalistes chinois, et a depuis entretenu des liens étroits avec les Etats-Unis, à la grande colère du régime communiste.
Biographie sur Internet
Les escarmouches diplomatiques entre Pékin et Washington ont culminé en 1995 avec la visite aux Etats-Unis du président taïwanais Lee Teng-Hui, suivie l’année suivante par l’envoi de deux porte-avions américains dans le détroit de Taïwan au cours de manœuvres militaires de l’armée chinoise dans la zone.
«Il y a toujours eu des gens qui n’aimaient pas voir les relations s’améliorer entre les deux pays (...), mais nous sommes préparés à cela», a affirmé le responsable chinois.
En prévision de sa visite, le président Jiang a, selon des diplomates américains, révisé son anglais.
Il a révélé que ses premières années d’éducation avaient été dispensées par des missionnaires américains à Shanghai et a avoué une passion pour le cinéma américain des années 40 et 50, son film préféré étant «Autant en emporte le vent».
Afin de faire mieux connaître au public américain la personnalité du chef de l’Etat, le gouvernement chinois a diffusé les détails de sa biographie sur Internet.
Né en juillet 1926 dans la province côtière du Jiangsu (est de la Chine), ce fils de martyr communiste a obtenu un diplôme d’ingénieur en électricité à l’Université des communications de Shanghai, avant de partir à Moscou suivre une formation d’un an à l’usine automobile Staline.
De retour en Chine, il a gravi un à un les échelons au sein du gouvernement, mais sa carrière ne démarre vraiment qu’en 1987, lorsqu’il devient maire de Shanghai, puis secrétaire du parti de la ville la plus peuplée de Chine en 1987, année où il entre au Bureau politique du PCC.
Appelé à Pékin par Deng Xiaoping pour diriger le parti après les purges politiques qui ont suivi les grandes manifestations du printemps 1989 en faveur de la démocratie, Jiang est promu en 1993 chef de l’Etat et chef des armées.
Mais il faudra attendre la fin de l’année 1996 pour que Pékin et Washington acceptent de mettre de côté leurs différends sur Taïwan, la balance commerciale et les droits de l’homme et annoncent un échange de visites présidentielles.
La dernière visite d’un chef de l’Etat chinois remonte à 1985, avec le voyage de Li Xiannian. Mais Jiang Zemin est le premier dirigeant suprême de la Chine à visiter les Etats-Unis depuis la visite historique de Deng Xiaoping en janvier 1979. (AFP)


À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir