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Actualités - Chronologie

Silence ! On dope

«Ou bien tu prends ce truc, ou tu te seras entraînée pour rien pendant quatre ans»... Au nom de la lutte des classes, l’ex-RDA faisait courir ses athlètes aux hormones. Aujourd’hui, entraîneurs, médecins sportifs et fonctionnaires vont passer devant les tribunaux.
Un des plus lourds chapitres de la RDA, le dopage systématique de ses athlètes au nom de la lutte des classes et de la dictature du prolétariat, va être rouvert par la justice allemande sept ans après la réunification.
Au terme d’un patient travail de reconstitution, le parquet de Berlin s’apprête à renvoyer les premiers suspects, entraîneurs, médecins sportifs et fonctionnaires, devant les tribunaux pour blessures corporelles.
«Nous allons prendre prochainement des décisions définitives», annonce le procureur général Barbara Freese. Selon un porte-parole du ministère régional de la Justice, les premières mises en accusation tomberaient d’ici la fin septembre.
Triple championne olympique de natation, Rica Reinisch, 32 ans, qui a dénoncé sans complaisance après la réunification les pratiques du sport en RDA, espère que toute la lumière va enfin être faite sur cette affaire.
«Je veux que tous ceux qui étaient impliqués — pas seulement les petits entraîneurs, mais aussi les médecins et les fonctionnaires, car cela venait de très haut — soient mis devant leurs responsabilités», dit-elle.
«Ces gens n’avaient aucun scrupule, ils auraient marché sur des cadavres s’il le fallait», accuse-t-elle. Ils ne pouvaient pourtant pas ignorer les effets néfastes des anabolisants, affirme-t-elle.
Bourrées d’hormones masculines à l’âge de 13-14 ans, les nageuses est-allemandes se sont découvert subitement une voix grave, une musculature excessive et un système pileux anormalement développé. D’autres ont commencé à souffrir de lésions au foie ou de problèmes rénaux chroniques.
Rica Reinisch, aujourd’hui journaliste sur la chaîne de TV sportive allemande DSF, a déjà subi deux interventions chirurgicales à cause de kystes. Plusieurs haltérophiles masculins ont dû se faire opérer pour diminuer le volume de leur poitrine, gonflée sous l’effet du dopage.
Comme d’autres camarades, Rica a reçu un jour des pilules bleues, au milieu de sa ration habituelle de vitamines et de minéraux. «Je ne me suis pas méfiée, mon entraîneur Uwe Neumann était comme un père pour moi», dit-elle.
Lorsqu’elle a commencé à avoir des doutes, aux Jeux olympiques de Moscou en 1980, et qu’elle a refusé une injection, Neumann lui a répondu: «Ou bien tu prends ce truc ou tu te seras entraînée pour rien pendant quatre ans», se souvient-elle.
Un an plus tard, Rica a finalement décidé d’arrêter la compétition. Neumann a continué à travailler jusqu’en 1997 comme entraîneur national. Soupçonné de collaboration avec la Stasi, la police secrète de la RDA, il vient d’être remercié par son club de Leipzig et par la Fédération allemande d’athlétisme (DSV).
«Les informations dont nous disposons permettent de conclure à un dopage systématique», orchestré au plus haut niveau de l’Etat, qui avait fait de la RDA une usine à champions et à médailles olympiques, souligne Mme Freese.
Les anciens responsables sportifs de la RDA ne peuvent toutefois être poursuivis pénalement que pour des cas relatifs à des mineurs, dopés à leur insu et qui ont eu ensuite des problèmes de santé.
Il faut en outre prouver que les entraîneurs étaient au courant des effets des anabolisants et que le dopage est effectivement à l’origine des problèmes de santé apparus ultérieurement chez les athlètes.
La plupart des sportifs de la RDA rechignent en outre à témoigner ou à porter plainte. «Ils ont peur pour la suite de leur carrière, pour leur réputation, peur de la vérité», estime Matthias Graichen, directeur d’une unité d’enquêteurs de la police (ZERV) spécialisée dans les crimes et délits de la RDA.
Pourtant, le temps presse car d’ici la fin de l’année, toutes les affaires de dopage — comme une série d’autres délits de la RDA — pour lesquelles aucun suspect n’a pu être identifié, seront frappées de prescription. (AFP)
«Ou bien tu prends ce truc, ou tu te seras entraînée pour rien pendant quatre ans»... Au nom de la lutte des classes, l’ex-RDA faisait courir ses athlètes aux hormones. Aujourd’hui, entraîneurs, médecins sportifs et fonctionnaires vont passer devant les tribunaux.Un des plus lourds chapitres de la RDA, le dopage systématique de ses athlètes au nom de la lutte des classes et de la dictature du prolétariat, va être rouvert par la justice allemande sept ans après la réunification.Au terme d’un patient travail de reconstitution, le parquet de Berlin s’apprête à renvoyer les premiers suspects, entraîneurs, médecins sportifs et fonctionnaires, devant les tribunaux pour blessures corporelles.«Nous allons prendre prochainement des décisions définitives», annonce le procureur général Barbara Freese. Selon un...