Ces personnes, qui depuis le 1er septembre ont le droit de lire leurs dossiers, tentent dans la majorité des cas de savoir qui a établi un dossier sur eux et comment ces informations personnelles étaient collectées. D’autres espèrent comprendre pourquoi leur carrière a été brisée, ou encore pourquoi eux-mêmes ou des membres de leur famille ont purgé des peines de prison.
La plupart sont déçus. «Je ne suis pas satisfait», a admis un retraité, Elemer Kovacs, dont le dossier se résume officiellement à une demi-page dactylographiée. «On m’a dit que la majorité du dossier a été brûlée en 1990», a-t-il ajouté lors d’une émission de télévision.
Les autorités ont dû admettre n’être en possession que de 160.000 dossiers, dont 40.000 concernant d’anciens informateurs.
«Beaucoup de dossiers ont été détruits lors de la transition, en 1989-1990, et beaucoup d’autres sont encore aux mains des différents services de renseignement», a admis Gyorgy Marko, directeur de l’Office de l’histoire, qui gère cette ouverture des dossiers secrets au public.
«Nous n’avons que 40% de l’ensemble des dossiers», a-t-il ajouté lors de cette émission.
Informateurs
et victimes
Des hommes politiques ont fait remarquer que des dossiers sur des politiciens actuels, qui faisaient souvent partie de réseaux politiques clandestins d’opposition sous l’ère communiste, sont peut-être toujours aux mains de services d’espionnage.
«La loi n’est pas suffisamment générale» dans ce domaine, même si plusieurs de ces services ont promis d’ouvrir leurs dossiers, selon M. Marko.
En 1990, à la chute du communisme et juste avant les premières élections démocratiques en quarante ans, de nombreux fonctionnaires se sont vus conseiller par leurs hiérarchies de réécrire leurs curriculum vitae, pour gommer leur appartenance au Parti communiste.
En outre, de nombreux dossiers des services secrets ont disparu, mais ceux qui se savaient suivis par les services secrets communistes estiment qu’ils n’ont pas pu brûler comme l’affirme la thèse officielle.
Des recherches ont même, dans certains cas, été effectuées sur la provenance du papier recyclé, pour tenter de retrouver la trace de ces dossiers disparus.
«Les données dont nous disposons remontent aux années 50, 60 et 70. Les documents plus anciens sont très incomplets», a indiqué M. Marko, précisant que les Hongrois les plus désireux de connaître leurs dossiers sont ceux nés entre 1925 et 1930, tous désormais à la retraite.
«Je sais qu’un très proche parent a été forcé d’informer la police secrète sur moi. Cette personne était si proche qu’elle s’est suicidée lorsque la loi sur la révélation des noms des informateurs a été adoptée» en 1991, a déclaré à la télévision un retraité.
«Je veux ces renseignements, pour montrer à mes enfants que ces choses-là ont réellement existé et que ceux qui affirment le contraire sont des menteurs», a ajouté ce retraité qui avait participé au soulèvement de 1956 contre les troupes soviétiques.
«Je ne tiens pas à absoudre les informateurs de leur responsabilité morale (...). Mais, après avoir regardé ces dossiers, je peux dire que les informateurs étaient aussi des victimes, forcés parfois à trahir leurs plus proches parents, leurs maris, femmes ou enfants», a conclu M. Marko. (AFP)


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